Enseignement : sur un siège éjectable

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« J'ai réalisé combien il me serait quasiment impossible de rester chargé de cours, tant les obstacles sont nombreux », explique Jean-Baptiste Plouhinec.

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Jean-Baptiste Plouhinec

Chargé de cours à l'Université du Québec à Montréal*

Je suis chargé de cours à l'UQAM. Un statut dont pratiquement personne ne connaît la signification. Je ne suis pas un professeur, même si j'enseigne tout comme lui, ni un auxiliaire d'enseignement. Je l'ai été plus tôt dans ma carrière, comme bon nombre de mes 2200 collègues.

Depuis, baccalauréat, maîtrise et doctorat en poche, je suis enfin devenu chargé de cours. J'ai conçu des cours, je transmets aux étudiants du bac, de la maîtrise ou du doctorat des connaissances longuement mûries au cours des 15 dernières années. J'ai l'immense privilège de pouvoir travailler dans un domaine vivant, intellectuellement stimulant, qui correspond en tous points à mes aspirations.

En tous points... j'exagère. En cinq ans comme chargé de cours à l'UQAM, j'ai réalisé combien mon statut était précaire et combien il me serait quasiment impossible de rester chargé de cours, tant les obstacles sont nombreux.

Le premier écueil auquel je fais face, c'est la courte durée du contrat.

Chaque trimestre, un contrat de 15 semaines me sera peut-être proposé, deux mois, parfois quelques jours, avant le début du trimestre. Immanquablement, à la mi-trimestre, et depuis le premier trimestre auquel j'ai été engagé, une sensation d'abattement va s'emparer de moi. Vais-je enseigner au prochain trimestre ?

Rien de moins sûr. Un professeur existant ou nouvellement embauché pourrait décider de prendre les cours sur lesquels je travaille depuis plus de cinq ans. Une modification des exigences de qualification par l'assemblée départementale (des professeurs) pourrait conduire à ma mise à pied - enfin plutôt à un non-renouvellement de mon contrat -, exigences de qualification que l'on n'imposera pas au professeur ou à un étudiant aux cycles supérieurs qui donnera le cours à ma place. L'épée de Damoclès de tout chargé de cours !

Bien loin d'être marginale, cette situation est vécue au quotidien par bon nombre de mes collègues qui, soit dit en passant, gagnent en moyenne près de 20 000 $ par année et sont les moins bien payés du réseau de l'Université du Québec. La majorité d'entre eux est en période de probation et abandonnera au cours des deux premières années d'enseignement. Un bien triste résultat lorsqu'on sait que 60 % des cours enseignés à l'UQAM le sont par des chargés de cours.

Et pourtant, je l'aime, ce travail ! Qu'est-ce que je souhaiterais, en fait ? Savoir si, dans l'année à venir, je vais pouvoir enseigner ou non.

Pouvoir compter sur un minimum de charges lorsqu'il s'agit de mon seul revenu et que je consacre l'ensemble de mon activité à l'enseignement.

Croire, peut être de façon bien utopique, qu'à travail égal, salaire égal et qu'ainsi, pour un cours offert par un chargé de cours ou un professeur, la somme allouée soit la même. Pouvoir planifier à plus long terme, afin de m'investir totalement dans ma mission d'enseignant universitaire et offrir ainsi des prestations de la meilleure qualité qui soit.

Ce que je souhaite, en quelques mots, c'est ne plus être un précaire sur un siège éjectable.

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