Nationalisme québécois : changement de cap

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« D'autres communautés veulent ce que le Québec veut, c'est-à-dire assurer la pérennité ainsi que l'essor d'une existence collective par la promotion d'une culture distincte et parfois d'une langue distincte », souligne Jonathan Plamondon.

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Jonathan Plamondon

L'arrivée de Jean-François Lisée à la tête du Parti Québécois met en veilleuse l'idée d'un référendum sur la souveraineté dont l'appui populaire diminue depuis 20 ans.

Malgré les inquiétudes des souverainistes passionnés et le scepticisme de plusieurs fédéralistes, ce changement de cap, coïncidant avec le 150e anniversaire de la fédération canadienne, est une occasion de repenser le nationalisme pour les Québécois, mais aussi pour l'ensemble des communautés au Canada. Tous partagent le désir de se donner les moyens d'une existence collective qui ne brime pas les droits et libertés et protège d'un individualisme qui, en niant les droits de la collectivité, risque de faire perdre une diversité vitale.

Au Québec, depuis notre Révolution tranquille, la politique a été dominée par un nationalisme humaniste qui assurait la pérennité et le développement de la langue et d'une culture distincte. Le nationalisme signifiait donc souveraineté pour certains et réforme pour d'autres.

De Jean Lesage à Bernard Landry, cette ligne de tension a permis l'élaboration de politiques protégeant et promouvant la langue française, le foisonnement d'une vie culturelle distincte, l'essor de Québec inc. et la formation d'une social-démocratie singulière. Bref, le Québec que je connais et dont je suis fier.

Comme le Québec, aujourd'hui, d'autres communautés au sein du pays font aussi valoir leur désir d'affirmation. Que ce soit par la Paix des Braves avec la nation crie au Québec ou les accords sur les revendications territoriales ailleurs au Canada, la reconnaissance des Premières Nations et des Inuits en tant que nations est désormais une réalité. Les francophones hors Québec voient leurs droits de vivre en français se concrétiser davantage à la suite de mobilisations. La communauté acadienne s'active, notamment en Nouvelle-Écosse, pour préserver le nombre de circonscriptions électorales qui lui sont destinées. En clair, d'autres communautés veulent ce que le Québec veut, c'est-à-dire assurer la pérennité ainsi que l'essor d'une existence collective par la promotion d'une culture distincte et parfois d'une langue distincte.

Ces différentes démarches devraient se refléter dans l'évolution de nos institutions politiques canadiennes. À titre d'exemple, le caractère distinct des Québécois et des Premières Nations, mais aussi celui d'autres communautés, seraient reconnus dans la Constitution. Malheureusement, vouloir changer nos institutions pour assurer un épanouissement individuel et collectif est un tabou depuis 25 ans au Québec comme au Canada.

En effet, au Québec, chaque parti s'enferme dans des stratégies à court terme qui ne visent qu'à promouvoir leur option politique respective, ce qui nous mène à l'immobilisme. Le PLQ semble avoir oublié sa volonté de réformer le Canada pour privilégier le statu quo. Le PQ est prêt à mettre de l'avant des tactiques de divisions identitaires pour susciter l'adhésion à la souveraineté et la CAQ a un discours s'inspirant du repli sur soi de la défunte Union nationale.

Au Canada, l'offre politique se limite soit à un libéralisme qui reconnaît symboliquement certaines nations sans concrétiser leurs droits, soit à un conservatisme identitaire qui mise sur la division.

Le Québec ainsi que l'ensemble du pays s'éloignent donc d'un nationalisme humaniste. Il n'est pas surprenant que l'insatisfaction soit grandissante envers la classe politique. Cette dernière soutient de moins en moins des revendications positives au profit du statu quo ou de politiques identitaires ayant pour conséquence de diviser la population. Pour preuve, de nouvelles initiatives citoyennes telles que les Orphelins politiques ou Faut qu'on se parle se multiplient alors que le nombre de militants dans les partis politiques est en décroissance constante.

La mise en veilleuse du référendum par le PQ à l'aube du 150e anniversaire du Canada représente donc une occasion pour enfin surmonter le manque de vision actuel, briser le tabou qui nous empêche de dialoguer entre nations et faire avancer ce projet humaniste qu'est la préservation de la diversité linguistique et culturelle au Canada.

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