Éducation : éviter le consensus du statu quo

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« L'ambition du ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, est noble, mais si son intention est réellement d'améliorer l'école publique, il faudra aller au-delà des positions traditionnelles des lobbys », écrit l'auteure.

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Mia Homsy

Directrice de l'Institut du Québec

Pour préparer sa nouvelle politique, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a récemment annoncé qu'il ouvrait « un large dialogue social » avec tous les intervenants du milieu afin de trouver, ensemble, des consensus.

Son souhait est de n'exclure personne, de la petite enfance à la formation continue. Cette ambition est noble, mais si son intention est réellement d'améliorer l'école publique, il faudra aller au-delà des positions traditionnelles des lobbys. Il faudra plutôt consulter directement les élèves et leurs parents et appuyer les décisions sur des données probantes.

Des chiffres publiés cette semaine par un quotidien montréalais font état d'une réalité désolante : le taux de diplomation est de 71 % pour le réseau public du Québec. Pour les francophones du réseau public de l'Ontario, il est de 92 %. Un écart gigantesque de 21 points. Après sept années d'études, près de quatre garçons sur 10 du réseau public québécois n'ont toujours pas de diplôme d'études secondaires. Le taux d'analphabètes fonctionnels atteint maintenant 53 % au Québec.

Ces constats appellent aux actions courageuses et à la détermination pour remettre l'école publique sur la voie de l'excellence.

Dans plusieurs discours récents, le ministre Proulx a démontré sa sincère volonté d'améliorer le système. Mais il a surtout laissé entendre qu'il n'avait pas l'intention d'être sur le même siège éjectable que ses prédécesseurs et que, pour ce faire, il allait poser des gestes consensuels.

Le problème, c'est qu'à part le soutien pour l'injection d'argent neuf dans le système actuel, il sera très difficile d'obtenir l'adhésion d'une vaste majorité. La raison est simple : un nombre important de groupes défendent leurs propres intérêts - économiques, idéologiques ou administratifs - à titre d'associations, de fédérations, de commissions scolaires, de facultés d'éducation ou de syndicats. Au-delà de déclarations, personne ne défend réellement les élèves du primaire et du secondaire.

Pour avoir participé aux consultations et à l'élaboration de trois budgets du Québec, je connais bien le processus habituel de consultation sur les politiques gouvernementales : les mêmes groupes défilent, chaque année, en défendant chaque fois les mêmes points de vue. 

Rien de nouveau, rien d'original, rien d'ambitieux. Une seule demande, toujours la même : plus d'argent.

Pour accoucher d'idées nouvelles et audacieuses, qui donneront aux élèves du Québec de meilleurs professeurs, de meilleurs outils pédagogiques et de meilleures écoles, il faudra oser agir autrement. Voici trois moyens de s'engager sur la bonne voie : 

1) Proposer des actions concrètes, ambitieuses et basées sur des données probantes comme base de discussion, et éviter les grands principes vides de sens (nous avions lancé 10 propositions dans ces pages il y a quelques mois).

2) Utiliser les moyens de communication modernes pour consulter directement les élèves, leurs parents et les enseignants sur ces idées.

3) Accepter de déplaire à certains et renoncer au consensus à tout prix.

Favoriser une vision claire, incarnée par des actions fortes et basée sur des faits, sera beaucoup plus porteur qu'une série de consensus qui renouvellent le statu quo.

En fin de compte, ceux qu'il faut entendre et écouter - bien avant les groupes d'intérêt et les défenseurs du statu quo - ce sont les élèves, les parents et les enseignants qui vivent dans le système au quotidien, et qui méritent une école publique plus performante, possiblement plus exigeante et certainement plus inspirante.

Les consensus qui maintiennent le système dans son état actuel ne permettront pas d'améliorer le sort des 40 % des garçons du réseau public qui n'obtiennent toujours pas leur diplôme en sept ans.

Heureusement, des solutions existent. Il suffit d'avoir l'ambition de faire mieux et d'avoir le courage de mettre en oeuvre des idées audacieuses.

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