La fin du déni au PQ

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« Jean-François Lisée a presque changé de personnalité publique, affichant un populisme de bon aloi par moment », écrit l'auteur.

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Jean-Herman Guay

Professeur à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke

Les péquistes ont enfin compris. Majoritairement, ils ont accepté de dire : la souveraineté ne se fera ni demain ni dans un horizon de six ans. Jean-François Lisée l'affirme depuis des mois, Alexandre Cloutier et Paul St-Pierre Plamondon le reconnaissaient indirectement. Il n'y a que 18 % des membres du PQ, les partisans de Martine Ouellet, qui cautionnent encore l'approche traditionnelle du parti.

Depuis plus de 15 ans, la question de la souveraineté est devenue un boulet pour le PQ. Chez les francophones, le projet reçoit un appui qui frôle la moitié, mais celui-ci n'est plus marqué par l'urgence. Ça fait longtemps que la conviction est tiède et que le goût d'en parler a disparu.

Si beaucoup préfèrent toujours la souveraineté au fédéralisme, le projet n'est plus vu comme une condition nécessaire pour le développement du Québec. Pendant longtemps, les péquistes n'ont pas voulu voir cette transformation dans la teneur de leurs convictions. Ils ont enfin compris que le poing levé de PKP ne fut pas un bon coup, mais un coup de poing qu'ils se sont eux-mêmes assené. Au final, la campagne à la direction aura été une catharsis pour eux. Au cours des dernières semaines, ils sont sortis du déni.

Avec cette nouvelle donne, il n'est pas farfelu de croire que des nationalistes quittent la Coalition avenir Québec pour revenir au PQ, convaincus que la question de la souveraineté est mise de côté. On peut même croire que certains anglophones et allophones se sentiront moins obligés d'appuyer les libéraux de Philippe Couillard. On peut enfin envisager que bien des insatisfaits du gouvernement actuel reviendront aussi vers le PQ.

Avant, pour appuyer le PQ, il fallait être à la fois souverainiste et insatisfait des libéraux. Dorénavant, seul l'un des deux motifs suffira.

Si tout cela est probable, rien n'est assuré. Ces additions sont hypothétiques, d'abord parce que le PQ n'abandonne pas la souveraineté définitivement. Le nouveau chef est un souverainiste convaincu. Le changement est seulement tactique et temporaire. À la limite, c'est un pas en arrière pour mieux rebondir. Certains pourraient donc rester sur leurs gardes. Les libéraux vont bien sûr continuer de jouer cette carte même si elle est moins pertinente.

Ensuite, le PQ est depuis presque 50 ans associé fortement à la souveraineté. Dans l'inconscient collectif, PQ et indépendance sont synonymes. Défaire ce lien n'est pas facile. Mais il y a plus, le nouveau chef, pour refaire l'unité du parti et mobiliser les troupes, devra néanmoins utiliser la thématique de l'indépendance. Il risque donc d'être obligé de dire une chose et son contraire.

Pour les libéraux, affronter Ouellet, ou même Cloutier, aurait été plus facile. Lisée est un habile parlementaire, rusé et intelligent, doté d'une grande mémoire, travaillant et connaissant ses dossiers. Il est aussi très pugnace dans les débats. Il a presque changé de personnalité publique, affichant un populisme de bon aloi par moments.

Au cours des dernières semaines, il a joué tous ces atouts, mais il a aussi joué une autre carte, celle de l'identité. Pour renverser la tendance et battre Cloutier par 20 points, il est difficile de croire - comme il le soutient - que ses propos sur l'immigration ou les restrictions relatives aux signes religieux ne lui ont été aucunement profitables.

Et cela est révélateur d'un phénomène plus large. Le nationalisme québécois est peut-être en train de changer, et ce, avec une certaine gêne. À défaut d'un pays possible, la composante identitaire devient le nouveau ciment. Les nationalistes seraient moins unis par un projet et davantage par un regret, celui d'avoir tardé à s'affirmer.

Avec un électorat vieillissant, hors de Montréal, dans un monde marqué par le terrorisme, des inquiétudes légitimes surgissent depuis les attentats de 2001. Mario Dumont a été le premier à jouer cette carte en 2006. Bernard Drainville et Pauline Marois l'ont également mise sur la table en 2013. Legault la joue à répétition. Cette fois, c'est Lisée.

Le chef stratège devra-t-il à nouveau l'utiliser, particulièrement pour marquer des points contre la CAQ ? Dans son trop long discours de vendredi, il a cherché à s'en démarquer, mais, ne nous en étonnons pas, rien n'est impossible au Machiavel québécois.

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