Aide médicale à mourir : l'Évangile plutôt que la mesquinerie

« On ne devrait jamais faire de la politique... (Photo Olivier PontBriand, Archives La Presse)

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« On ne devrait jamais faire de la politique sur le dos des gens, et encore moins quand notre raison d'être est justement de les soulager », écrit Jonathan Guilbault, à propos de l'intention de six diocèses de l'Ouest canadien de refuser les funérailles aux personnes se prévalant de l'aide médicale à mourir.

Photo Olivier PontBriand, Archives La Presse

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Jonathan Guilbault

Éditeur chez Novalis

L'affaire avait le potentiel de devenir un véritable scandale : six diocèses de l'Ouest canadien ont exprimé leur désir de refuser les funérailles aux personnes se prévalant de l'aide médicale à mourir, et on pouvait craindre que l'ensemble des évêques du pays, en assemblée plénière cette semaine à Cornwall, n'emboîtent le pas.

Heureusement, la catastrophe fut évitée : les archevêques de Montréal et de Québec, Mgr Christian Lépine et le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, ont fait savoir que leur approche serait bien différente : ils continueront à défendre le respect de la vie humaine jusqu'à son terme, tout en promouvant un accompagnement attentionné de chacun, peu importe son option spirituelle ou sa compréhension de ce que signifie la dignité humaine.

Mais pourquoi parler de catastrophe et de scandale ? Un organisme n'a-t-il pas le droit, et parfois même le devoir, d'user des leviers en sa possession pour faire triompher ses intérêts et ses points de vue ? Puisque la politique, dans les régimes démocratiques, s'exerce notamment par une constante lutte d'influences, peut-on reprocher à un groupe d'utiliser les moyens de pression à sa disposition ?

Ces questions sont légitimes, et ce serait de l'angélisme de croire que les syndicats, par exemple, pourraient arriver à remplir leur mandat s'ils ne pouvaient pas organiser une grève quand le contexte l'exige. En ce sens, on pourrait croire que l'Église catholique serait dans son droit de déclarer une « grève sélective de funérailles » pour que l'impact de son opposition aux programmes d'aide médicale à mourir gagne en intensité.

Toutefois, ce serait là jouer un jeu contraire à la nature même de l'Église.

Certes, d'une part, celle-ci est assurément un acteur parmi d'autres dans l'agora démocratique de nos sociétés modernes. À ce titre, elle a raison de faire valoir ses positions et de contribuer aux débats liés à tout enjeu éthique. Sur la question de l'aide médicale à mourir, sa pensée est claire et mérite tout à fait d'être entendue et méditée.

UNE ÉGLISE VECTRICE D'AMOUR

Mais d'autre part, sa mission fondamentale l'entraîne au-delà de l'arène politique et du monde des idées. L'Église a comme ambition, avant tout, de se faire vectrice d'amour, de foi et d'espérance pour chaque personne, à la manière du Christ, dont elle tente de poursuivre le ministère dans le monde.

Or refuser de célébrer les funérailles à une personne qui cogne à sa porte pour les lui demander, sous prétexte que celle-ci a eu l'audace, alors qu'elle souffrait atrocement, de prendre en conscience une décision douloureuse concernant ce qu'elle possède de plus intime, sa propre vie, ce serait comme lui dire : « Tu as fait l'impardonnable à nos yeux, sans doute même aux yeux de Dieu, et nous allons le signifier publiquement. »

Disons-le franchement : ce serait odieux ! On ne devrait jamais faire de la politique sur le dos des gens, et encore moins quand notre raison d'être est justement de les soulager de tout ce que ce dos porte comme fardeau et qui fait obstacle au bonheur.

Historiquement, l'Église a parfois invoqué la gloire de Dieu, ou tout autre bien jugé suréminent, pour commettre des gestes qui ont broyé des vies. Mais à l'opposé, et à une plus grande échelle, elle n'a jamais renoncé à accompagner de ses soins du plus humble des êtres humains jusqu'aux plus grands criminels. Félicitations aux évêques québécois pour avoir pris leurs distances d'une manoeuvre mesquine qui les aurait éloignés de l'Évangile.

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