La culture du viol, ce n'est pas de la fiction

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« Est-ce à dire que celles et ceux qui dénoncent la culture du viol font dans la fabulation ? », demande Martine Delvaux.

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Martine Delvaux

Je ne sais pas s'il faut en rire ou en pleurer. Claudine Guiet écrit, pour s'opposer à la dénonciation d'une culture du viol manifeste sur les campus universitaires (comme dans la société en général), que « les départements d'études des femmes feraient mieux dans le roman que dans les sciences sociales ».

Est-ce à dire que celles et ceux qui dénoncent la culture du viol font dans la fabulation ? Ou que les programmes d'études des femmes n'ont rien à dire sur la société et son mode de fonctionnement, et que celles et ceux qui y travaillent devraient s'en tenir à l'univers de la fiction ? Ou encore que celles qui enseignent la littérature sont tout sauf des lectrices du monde dans lequel on vit, et que le travail qu'elles font est au mieux esthétique et décoratif - ce qui correspond encore trop souvent, il faut le dire, à la place donnée aux femmes dans notre société ? On se trouve, ici, au croisement de diverses manifestations du mépris !

Je n'ai pas l'intention de défendre, encore une fois, la pertinence de l'expression « culture du viol », cette culture qui banalise les agressions sexuelles (dont la majorité des victimes sont des individus identifiés ou qui s'identifient comme femmes), voire les encourage, les facilite. Une culture qui crée un climat tel que la violence sexuelle (peu importe quelle forme elle prend) devient la norme et que les femmes vivent en permanence dans cet état d'exception où elles risquent, à tout moment, non seulement de subir une agression, mais de voir leur expérience démentie.

C'est le cas ici. Non, dit-on, il n'y a pas d'épidémie de viols. Ce qu'il y a, c'est des filles qui, parce qu'elles regrettent une relation sexuelle, décident, le lendemain matin, d'accuser le partenaire de viol. Vraiment ? Pourtant, les statistiques démontrent que le cas de fausses dénonciations est infiniment petit (documenté par les CALACS).

De la même façon, on sait, maintenant, que le nombre de femmes qui déposent des accusations (malgré tout ce qui peut les en dissuader) est extrêmement inférieur au nombre d'agressions qui ont lieu, et on sait aussi, dès lors, le nombre d'accusés jugés coupables est à son tour microscopique. En fait, on ne voit jamais que la pointe de l'iceberg de la violence sexuelle. Et c'est ça aussi que veut pointer la notion de « culture du viol » en sensibilisant les populations pour changer les mentalités.

S'il y a une épidémie, ici, c'est une épidémie de mauvaise foi, de misogynie et d'antiféminisme, alors que les spécialistes de la question de l'agression sexuelle ne cessent de faire les preuves que la violence sexuelle contre les femmes n'est pas un mythe. Un baiser volé est une agression. Le monde dans lequel on vit n'est pas un conte de fées. Le temps des princesses endormies, prises dans leur sommeil, dont le consentement n'est nullement attendu, est révolu.

C'est ainsi que les programmes d'études des femmes font dans le roman : en travaillant à démanteler non seulement les mythes, les idées reçues, les lieux communs, les préjugés, mais toute cette machine qui sait si bien fabriquer la domination, préférant maintenir un statu quo dont les populations minorisées en général et les femmes en particulier payent sans cesse le prix.

L'université fait partie de la société. Elle n'est malheureusement pas immunisée contre la culture du viol. Ce dont il faut la protéger, c'est de l'épidémie du mépris.

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