Uber : habituez-vous, il y en aura d'autres

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Germain Belzile

Chercheur associé sénior à l'Institut économique de Montréal

À la suite de l'entente entre le ministre des Transports Laurent Lessard et l'entreprise Uber, les propriétaires de permis de taxi ont entrepris des démarches judiciaires pour la bloquer. Leur grande inquiétude ? Que la valeur de leurs permis chute de façon draconienne.

Le problème particulier des taxis vient du fait qu'ils ont demandé et obtenu l'équivalent de la gestion de l'offre dans le secteur du transport des individus, avec les résultats prévisibles : l'augmentation artificielle au fil des ans de la valeur de leurs permis (en raison du rationnement) et une pression haussière continue sur le prix des courses, comme dans le secteur du lait.

Ce système de permis a fait des propriétaires de taxis des entrepreneurs, dont le succès et le rendement de l'investissement étaient assurés. Or, l'arrivée d'entreprises innovantes comme Uber, Communauto et autres - bientôt Lyft, Facebook et Google - les bouscule dans leur confort de monopole garanti par l'État.

RÉACTION ÉPIDERMIQUE

La réaction épidermique des propriétaires de permis de taxis en dit long : ils considèrent le marché et les clients comme leur propriété. Cet état d'esprit est d'ailleurs responsable de la complaisance, de l'absence d'innovation et de la mauvaise qualité du service qui ont caractérisé trop longtemps cette industrie. Contre toute attente, il semble que l'arrivée d'Uber oblige un peu partout l'industrie du taxi à enfin améliorer sa prestation.

Les modèles d'affaires ne durent pas éternellement. Personne et aucune industrie n'est à l'abri des changements structurels amenés par le progrès technologique. Les sociétés nationales des postes, les journaux, les éditeurs et libraires, les hôteliers et les universités en sont tous bousculés. Le marché du taxi n'échappe pas à ces transformations et doit s'adapter ou disparaître. Les acteurs de l'industrie doivent prendre acte du changement profond qui touche ce secteur. Il n'y aura pas de retour en arrière.

Globalement, l'entente intervenue entre Québec et Uber est bonne, car elle permet à Uber de fonctionner légalement. Mais celle-ci est loin d'être parfaite.

Un premier problème vient des permis de taxis : des associations de propriétaires ont décidé de poursuivre le gouvernement pour atteinte à leurs droits de propriété. Il faut reconnaître que plusieurs ont beaucoup à perdre.

Étant donné que l'achat d'un permis est imposé depuis plusieurs années par le gouvernement (à la demande des associations de taxis, rappelons-le), un éventuel rachat des permis doit être envisagé. Même si cela s'est fait avec succès en Australie, dans le domaine laitier et sans que le gouvernement ne dépense un sou, il ne faut pas que le rachat de permis pénalise les innovateurs.

Un second problème : l'idée de s'assurer que les règles sont les mêmes pour tout le monde est certainement bonne, mais malheureusement, l'entente le fait en assujettissant les conducteurs Uber à une panoplie de réglementations lourdes et tatillonnes, dont l'obligation de détenir un permis de conduire de classe 4C et de payer des redevances. 

Pourquoi ne pas en profiter pour mettre tout le monde (taxis, Uber et autres qui s'en viennent) sur un pied d'égalité, en simplifiant l'environnement réglementaire pour tous ? Autant les consommateurs que ceux qui offrent des services en sortiront gagnants à long terme.

Cette entente est un premier pas, mais le gouvernement ne peut à long terme gérer au cas par cas chaque nouvelle crise liée aux transformations numériques. Il est grand temps de penser à une simplification et à un allègement général des lois et règlements, qui feront que les transitions futures ne mèneront pas à une crise politique et à une solution imparfaite chaque fois qu'une innovation technologique se pointe le bout du nez.

«Globalement, l'entente intervenue entre Québec et Uber est bonne, car elle permet à Uber de fonctionner légalement.»


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