11-Septembre : une peur aveugle

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« Quinze ans après le 11-Septembre, le moteur des relations internationales et des politiques étatiques demeure la peur », indique Charles-Philippe David et Élisabeth Vallet.

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Charles-Philippe David, Élisabeth Vallet

Les auteurs sont respectivement fondateur et directrice scientifique de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques à l'UQAM.

Quinze ans après le 11-Septembre, le monde a changé. La géopolitique mondiale est tout autre que ce qu'elle était à la veille et au lendemain de cette date fatidique.

Un arc de crise se dessine désormais de l'Asie centrale au Mali, le Printemps arabe s'est déroulé comme un jeu de dominos, l'Inde et l'Arabie saoudite représentent les premiers acquéreurs d'armement, la Russie tient tête au reste du monde - en Ukraine, en Syrie, comme dans la campagne présidentielle américaine. Ben Laden est mort. Al-Qaïda a été éclipsé dans ses fiefs par des groupes plus vindicatifs, du groupe État islamique à Boko Haram. Les pays occidentaux ont fortifié leurs frontières, tandis que les États-Unis sont entrés en Afghanistan puis en Irak pour en ressortir dans la décennie qui suivait. Et pourtant...

Quinze ans après le 11-Septembre, le moteur des relations internationales et des politiques étatiques demeure la peur. À juste titre : le terrorisme est en hausse spectaculaire. Les attentats kamikazes également. Partout, les civils en sont les cibles. Du coup, la vindicte populaire se cherche des boucs émissaires, des symboles, des explications.

En Occident, le burkini et la burqa sont devenus des manifestations honnies d'un radicalisme, les migrants et les zones de libre-échange ont précipité la Grande-Bretagne vers le Brexit, les pays d'Europe se barricadent derrière des murs.

La réalité est toutefois plus complexe. Six pays du Sud subissent deux tiers des attaques terroristes tandis que l'Occident vit une paix relative : en Europe comme en Amérique du Nord, les chiffres demeurent en deçà de ceux des années 80. Aux États-Unis, les groupes d'extrême droite représentent un danger en croissance, tandis que les actes d'écoterrorisme sont de loin les plus nombreux. En Europe, le rôle des politiques nationales dans la fabrique de terroristes djihadistes nés sur le territoire de l'Union est éludé tandis que celui du groupe État islamique est amplifié.

Mais la peur d'un « autre », lointain, demeure.

Métamorphose du terrorisme, loups solitaires, mondialisation des flux et des informations sont au coeur de la crispation des politiques. Or la clef est la géopolitique. Locale.

En effet, les attaques d'il y a 15 ans n'étaient pas l'oeuvre d'un dérangé, mais d'un décideur rationnel qui voulait provoquer la chute du royaume wahhabite et le départ des Américains du Golfe. Ce projet, ben Laden le concoctait depuis la guerre du Golfe de 1991. La cible était à l'autre bout de la terre, mais l'objectif était à ses portes. Or, le remède américain sera pire que le mal : l'intervention - même avalisée par l'ONU - en Afghanistan en 2001, et surtout celle en Irak - rejetée par la communauté internationale - en 2003, puis le retrait des troupes américaines de ce pays fin 2011, n'auront fait que jeter de l'essence sur le brasier.

En arrivant au pouvoir, Barack Obama tablait sur le changement de décennie, la fin de l'ère 11-Septembre. Et c'est ce qui allait le mener à commettre deux erreurs. Le retrait d'Irak est la première. « Ce que l'on a cassé, on doit le prendre en charge », disait Colin Powell à George W. Bush au moment où il s'opposait (encore un peu) à l'intervention en Irak : en abandonnant le nouveau régime de Bagdad, on le laissait sombrer dans le chaos.

D'autre part, alors que la Syrie est dévorée par les affrontements entre forces gouvernementales et rebelles, Obama refusera d'aider les opposants d'Assad et renoncera à intervenir alors qu'il avait tracé une « ligne rouge » à l'emploi d'armes chimiques. La table était mise :  le groupe armé État islamique s'enracine alors en Syrie pour lancer une offensive spectaculaire en Irak à l'été 2014, forçant le président américain et ses alliés à recourir à la force pour tenter de contenir ce groupe violent au pouvoir d'attraction tant régional que global.

C'était oublier l'héritage même du 11-Septembre : ce terrorisme est « global-local ».

Pour éviter qu'il ne vienne à nos portes, il faut parvenir à couper les terroristes du lien qu'ils entretiennent avec leur auditoire et trouver une solution locale. Or l'Occident est aveuglé par son obsession du groupe État islamique alors que celui-ci n'est, au fond, qu'un symptôme de maux géopolitiques plus profonds.

* Les auteurs sont respectivement fondateur et directrice scientifique de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques à l'UQAM. Charles-Philippe David est également président de l'Observatoire sur les États-Unis et Élisabeth Vallet directrice de l'Observatoire géopolitique. Ils ont participé à la publication aux éditions Septentrion du collectif des chercheurs de la chaire L'effet 11-Septembre, 15 ans après.

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