Augmentation du salaire minimum : un 15 $ qui dérange

« McDonald's, visiblement menacé par le mouvement du 15 $,... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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« McDonald's, visiblement menacé par le mouvement du 15 $, a installé un guichet de service dans plusieurs de ses restaurants dans le monde ; un client peut y passer une commande sans jamais parler à un être humain », explique Sylvain Charlebois.

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Sylvain Charlebois

Doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l'Université Dalhousie

Il est évident qu'un salaire minimum augmenté à 15 $ l'heure serait problématique pour l'ensemble du secteur agroalimentaire.

En effet, l'agriculture, la transformation alimentaire, la restauration, l'ensemble de l'industrie, et surtout les PME, auraient beaucoup de difficulté à créer des emplois et à offrir des postes intéressants aux travailleurs en début de carrière, si une telle augmentation était votée par le gouvernement.

Les études démontrant à quel point une telle politique peut nuire aux travailleurs se relaient.

Malgré cela, le gouvernement Couillard se montre ouvert au débat sur une hausse éventuelle du salaire minimum à 15 $. Celui-ci est actuellement fixé à 10,75 $ l'heure au Québec.

Ce n'est pas un hasard si on en parle beaucoup ici, au Canada. Le mouvement social favorisant un salaire minimum à 15 $ est très actif aux États-Unis depuis quelques années déjà. Les manifestations se succèdent depuis la fin de la crise financière de 2008. D'ailleurs, la genèse du mouvement émane d'un groupe ciblant principalement la restauration rapide. McDonald's représentait l'entreprise par excellence qui était ciblée par les manifestants. Depuis, cinq États américains ont adopté une loi portant le salaire minimum à 15 $ alors que d'autres suivront d'ici 2020.

Plusieurs oublient que nombre d'entreprises en restauration utilisent un système de franchise. Ces franchisés appartiennent à des entrepreneurs, voire à des familles. Même si un restaurant rapporte plusieurs millions en chiffre d'affaires à son siège social, une franchise génère à peine 200 000 $ de profits par établissement par année. Dans certains cas, des franchises opèrent même à perte. Un salaire minimum plus élevé atteindrait les franchisés, qui devraient payer plus cher leurs employés.

Autrement dit, afin de compenser les salaires plus élevés, les prix sur les menus augmenteraient inévitablement ; cette hausse pourrait même dépasser 20 % dans certains cas. Certains souhaiteront sans doute qu'un coût supplémentaire soit imposé sur la malbouffe en guise de compensation, mais il est fort improbable qu'un tel scénario se réalise.

Un salaire minimum porté à 15 $ incitera vraisemblablement les entreprises à réviser leur stratégie commerciale en magasin.

Par exemple, la technologie, suffisamment avancée de nos jours, pourrait remplacer l'humain. D'ailleurs, McDonald's, visiblement menacé par le mouvement du 15 $, a déjà installé un guichet de service dans plusieurs de ses restaurants dans le monde ; un client peut y passer une commande sans jamais parler à un être humain. C'est l'héritage du mouvement social du 15 $. Certaines chaînes de restauration rapide envisagent même le jour où un restaurant pourra fonctionner sans un seul employé.

Évidemment, retirer l'humain de la préparation des plats offre un lot d'avantages. Pensons-y : un restaurant pourrait, pour ainsi dire, garantir des plats entièrement salubres, puisque la propreté et l'hygiène alimentaires y seraient constantes. La restauration soustraite à l'erreur humaine représente un idéal pour les opérateurs, mais une expérience fort différente pour les clients...

Et que dire de l'agriculture, de la transformation et même de la distribution alimentaire ? Ces secteurs d'activité doivent souvent composer avec des marges bénéficiaires très minces. Dans le domaine de la transformation, plusieurs petites entreprises offrant de formidables « petits produits » ne pourront engager de nouveaux employés à un taux horaire de 15 $ et conforter leur expansion.

Malheureusement, c'est cette dure réalité économique qui prévaut dans l'industrie. Et puisque les grands de la distribution exercent déjà énormément de pression sur leurs fournisseurs pour qu'ils diminuent les prix, une augmentation est difficilement envisageable, à moins d'exécuter le travail grâce à une réduction draconienne du personnel.

Une telle politique pourrait même forcer certaines entreprises à cesser leurs activités et ainsi pénaliser certains travailleurs en grand besoin de travail, jeunes et moins jeunes.

En revanche, les grands prophètes d'une meilleure justice sociale soutiendront qu'une telle mesure aidera les plus vulnérables de notre communauté. Peut-être. Mais puisque plus de 88 % des travailleurs qui gagnent le salaire minimum vivent au sein de ménages de la classe moyenne et que presque 2 % font partie d'une famille monoparentale, il y a sans doute d'autres façons de les aider sans pour autant pénaliser les joyaux de notre économie agroalimentaire.

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