Forum social mondial de Montréal : une poche de résistance malgré tout

Des milliers de personnes ont marché au centre-ville... (PHOTO CLéMENT SABOURIN, Agence France-Presse)

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Des milliers de personnes ont marché au centre-ville de Montréal, le 9 août, pour l'ouverture du Forum social mondial. C'était la première fois que l'événement se tenait dans un pays du Nord.

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Jean-Louis Bourque

Politologue, Québec

Pour la première fois dans l'histoire du mouvement altermondialiste, le Forum social mondial (FSM) s'est réuni dans un pays du Nord.

Véritable petite poche de résistance au néolibéralisme en Amérique du Nord, c'était un pari risqué d'organiser l'événement à Montréal dans un pays riche et fortement industrialisé, à deux pas du pays le plus capitaliste du monde.

Comment pouvait-on s'imaginer que 35 000 personnes allaient se rassembler pour célébrer la grand-messe anti-capitalisme ravageur ?

Il fallait un solide acte de foi dans l'efficacité de cette mouvance pour tenir un tel rassemblement malgré toutes les tracasseries politiques et administratives de toutes sortes.

Le FSM est un rendez-vous planétaire d'individus et de réseaux qui cherchent à construire « un autre monde, non seulement possible, mais maintenant plus nécessaire que jamais ». Sa charte le définit comme étant un espace ouvert qui permet un débat démocratique et l'échange d'expériences en toute liberté, afin de favoriser l'articulation d'actions efficaces par des instances de la société civile internationale.

Depuis 2001, le FSM recherche explicitement une solution de rechange au capitalisme prédateur par une mondialisation de la solidarité, de l'entraide et de la coopération.

Le Forum de Montréal avait pour préoccupation principale d'éveiller les consciences et de favoriser la participation citoyenne sur d'innombrables terrains d'action : les changements climatiques, les inégalités socioéconomiques, le racisme et la pauvreté, la défense des États de droit, la lutte contre les discriminations et les guerres de religion, l'impact de la finance internationale, les paradis fiscaux, les luttes autochtones, syndicales et féministes ainsi que la place des jeunes.

Il peut être difficile de comprendre le mode de fonctionnement original d'un tel événement.

Mille deux cents activités autogérées, représentant pas moins de 1000 organisations provenant de 118 pays, se sont rencontrées en l'espace de 5 jours seulement. Pas de déclaration finale. Une immense foire aux idées pour stimuler le courage de l'action sur le terrain. Des centaines d'ateliers, des assemblées de convergence, de grandes conférences publiques, des prestations artistiques, des marches et des manifestations se sont tenus simultanément dans plusieurs lieux du centre-ville de Montréal (universités, cégep, Quartier des spectacles, etc.).

Bravo aux inspirateurs, en particulier à Chico Whitaker*, et aux organisateurs qui tiennent la flamme, allumée depuis plus de 15 ans, en Afrique, en Asie, en Amérique latine, et maintenant en Amérique du Nord !

Maintenir la tenue des Forums sociaux mondiaux n'est pas une chose évidente dans un contexte de désaffection pour les gouvernements de gauche en Amérique latine et en Europe, de montée de la droite et de repli sur soi.

Comment contrer le désintérêt des pays riches pour les suites à donner aux recommandations de la COP21 de Paris ? Après ce grand spectacle de solidarité planétaire, les décisions s'enlisent.

Le projet d'oléoduc Énergie Est reste dans l'air. Concilier la promotion de l'économie avec celle de la défense de l'environnement reste la quadrature du cercle. Vendre des armes aux États voyous est encore prioritaire pour un Canada qui se prétend défenseur des droits de l'homme ! Le spectacle continu, déconnecté de la réalité du terrain, orchestré, voire financé pour mieux cacher les stratégies du profit, maître du monde.

FINANCEMENT PAR LES MULTINATIONALES

Selon l'économiste canadien Michel Chossudovsky, spécialiste en la matière, la Fondation Ford, la Fondation Rockefeller et la Fondation Tides financeraient les activités des Forums sociaux mondiaux (FSM), ce qui tendrait à créer un lien de dépendance.

Ce financement est-il pure philanthropie ? Cache-t-il une volonté de mainmise ou tout au moins de contrôle sur les intervenants et les contenus ? Certains militants du FSM estiment qu'on ne peut à la fois lutter contre les élites du libéralisme et s'attendre à ce qu'elles financent ses activités.

Si les grandes entreprises financent la dissidence, c'est inévitablement pour l'utiliser. Le conseil international du FSM devra gérer cette contradiction qui risque d'hypothéquer lourdement son devenir et sa crédibilité.

Mais l'élan de sa base est tel que les FSM sauront s'adapter aux changements en privilégiant l'être humain plutôt que le profit, et en combinant changement social et changement personnel.

Malgré la tentation d'accepter les largesses du capitalisme tentaculaire, tous les idéalistes progressistes et généreux ne vont pas disparaître dans la nature. Ils vont continuer à animer ces mouvements sociaux porteurs d'espoir pour un véritable changement sur le terrain.

Ils vont continuer à travailler pour davantage de démocratie et de justice, si bien que rien ni personne ne pourra empêcher ce vaste mouvement des peuples opprimés de marcher, pour la liberté, la dignité et le progrès.

* Chico (Francisco) Whitaker Perreira, Changer le monde, [nouveau] mode d'emploi, Les Éditions de l'Atelier, Paris, 2006, 255 p.

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