Cimenterie McInnis : Le miracle de la multiplication des pains

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« Les dirigeants de ce projet nous informent que ce dernier nécessitera une hausse des besoins d'investissement de 40 %. Ceux-ci passent de 1,1 à 1,5 milliard », souligne Jean-Pierre Aubry.

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Pourquoi les projets comme celui de la cimenterie McInnis ont-ils besoin d'un financement public ?

Normalement, les projets qui présentent un bon taux de rendement et de faibles risques trouvent facilement du financement sur les marchés financiers. C'est encore plus vrai dans le cas actuel, où les marchés regorgent de liquidités.

Le projet de la cimenterie McInnis a été approuvé par le gouvernement Couillard il n'y a pas si longtemps. Il n'avait pas pu être financé sur les marchés financiers, fort probablement parce que sa rentabilité était faible ou parce que les risques étaient trop élevés, ou pour ces deux raisons.

Maintenant, les dirigeants de ce projet nous informent que ce dernier nécessitera une hausse des besoins d'investissement de 40 %. Ceux-ci passent de 1,1 à 1,5 milliard. Une hausse de 40 % de la mise de fonds pour un projet qui traînait déjà la patte, c'est énorme. Est-ce que, soudainement, la rentabilité du projet a bondi fortement ces derniers mois pour rentabiliser un investissement total de 1,4 milliard ? Ou est-ce plutôt un investissement supplémentaire nécessaire pour éviter de perdre la mise de fonds ? Si c'est le cas, cela impliquerait une baisse de la rentabilité attendue et une hausse des risques associés à ce projet.

La mise en garde de la ministre de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, Dominique Anglade, de ne pas compter sur un investissement additionnel du gouvernement du Québec me laisse croire que le projet fait face à une baisse de sa rentabilité plutôt qu'à une hausse de celle-ci.

En effet, si on faisait face à une hausse soudaine de sa rentabilité, l'annonce du besoin d'un investissement supplémentaire serait une bonne nouvelle. Mais ce n'est pas le cas. Le miracle de la multiplication des pains ne se produira pas.

Cela est d'autant plus probable que les promoteurs du projet n'ont pas annoncé simultanément la hausse des besoins d'investissement et son financement dans le secteur financier privé. On serait plutôt dans un scénario où le gouvernement et ses organismes ont le bras pris dans le tordeur et où ils devront débourser plus pour ne pas perdre leur mise de fonds. En fin de compte, ce sont les contribuables qui paieront la facture initiale et la facture additionnelle.

Tous ces développements ont un relent du dossier de la Gaspésia. Il faut se poser de sérieuses questions sur la qualité de l'équipe qui avait préparé le dossier de ce projet pour le faire approuver par des investisseurs. Mêmes questions quant à la qualité des analystes et des décideurs du secteur public qui ont soutenu l'approbation d'investir des fonds publics dans ce projet. Il faut également se demander quel sera le prix à payer par emploi créé. Ce prix sera probablement très élevé. Si la dépréciation du dollar canadien, non prévue lors de l'approbation du projet, permet d'accroître, ceteris paribus, la rentabilité de ce dernier pour un certain temps, il est possible que des pressions protectionnistes plus fortes aux États-Unis aient l'effet inverse.

Compte tenu des investissements importants du secteur public dans ce projet, les contribuables ont droit de recevoir une meilleure reddition de comptes au sujet de l'évolution des attentes des gestionnaires sur la profitabilité de ce projet.

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