Immigration : Diluée

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« On dit souvent qu'en tant qu'immigrant, on a le meilleur des deux mondes. Mais ce n'est pas vraiment vrai quand aucun d'eux ne veut de toi », écrit Yi Ling Sun.

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Yi Ling Sun

J'avais 3 ans quand ma famille est arrivée au Canada.

Ma mère et mon père avaient fait un énorme sacrifice pour moi, mais je ne le savais pas.

Je n'étais qu'un bébé gémissant dans leurs bras.

Quand j'étais enfant, je n'aurais pas pu être plus canadienne, plus blanche, plus whitewashed.

Tout ce qui me manquait était les cheveux blonds et les yeux bleus.

Mais c'est quand les autres enfants ont commencé à rire de mon nom que j'ai compris que je ne serais jamais comme eux.

C'est quand les autres enfants ont crié que ce que je mangeais puait et que ce que je portais était drôle et que mes parents parlaient mal que j'ai compris que je ne serais jamais comme eux.

Petite, j'ai demandé à mes parents, j'ai exigé qu'ils changent mon nom, qu'ils apprennent à faire des sandwichs et du spaghetti et qu'ils apprennent à parler comme les parents de Florence, Geneviève et Julie.

Je les ai implorés d'arrêter de me forcer à apprendre le mandarin parce que c'était stupide et que je n'en aurais jamais besoin.

Je n'aurais jamais pu savoir qu'aujourd'hui, je leur serais reconnaissante de n'avoir cédé, car j'ai réalisé que je ne serai jamais Canadienne.

Je pourrais vous parler de mes expériences en tant qu'interprète alors que je savais à peine multiplier et diviser.

J'étais l'enfant qui accompagnait ses parents aux rencontres parent-enseignant parce qu'ils ne parlaient pas français et à peine anglais.

J'étais l'enfant qui appelait à Hydro-Québec pour savoir pourquoi on avait une panne d'électricité parce que déjà à six ans, on me comprenait mieux que mes parents.

J'étais l'enfant qui, à juste huit ans, avait honte de ses parents.

Plus tard, je me suis dit que si je ne pouvais pas être canadienne, je pouvais toujours être chinoise.

J'ai tenté de me renouveler avec cette culture que j'ai autrefois reniée, mais en vain.

À quoi bon tenter de former l'argile alors qu'elle est déjà sèche ?

Parce que selon ma famille en Chine, je suis une Canadienne.

Parce que quand je vais en Chine, je suis analphabète.

Parce que quand j'étais en Chine, une étrangère a pu deviner que j'ai grandi ailleurs avant même que je ne lui aie parlé.

Une Chinoise, c'est ce que j'aurais aimé être, ce que j'aurais pu être et ce que je ne serai jamais.

On dit souvent qu'en tant qu'immigrant, on a le meilleur des deux mondes.

Mais ce n'est pas vraiment vrai quand aucun d'eux ne veut de toi.

Parce que des deux côtés de l'hémisphère, je suis le stéréotype habillé de blanc avec un collier de fleurs autour du cou, un chapeau de paille sur la tête et une caméra. Touriste. Voyageuse. Étrangère.

J'ai un pied au Canada et l'autre posé en Chine.

Je suis assise sur une frontière invisible.

Une espèce de jaune dilué avec du blanc qui n'est finalement ni jaune ni blanc.

Ce n'est que plus tard que j'ai compris que c'était correct de porter deux drapeaux. Il y en a déjà tellement qui le font.

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