Un programme qui suscite des inquiétudes

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Le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx a modifié le contenu du programme d'histoire actuellement en préparation au ministère de l'Éducation et reporté son implantation, rappelle Christian Laville.

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Christian Laville

Jeudi dernier, La Presse+ rapportait que le ministre Sébastien Proulx a modifié le contenu du programme d'histoire actuellement en préparation au ministère de l'Éducation et reporté son implantation.

Ce serait pour satisfaire la communauté anglophone, est-il expliqué, car celle-ci ne se trouvait pas adéquatement représentée dans le programme. Il en irait de même des communautés culturelles en général, et même des Amérindiens qui, comme l'un d'eux le signale, ne sont représentés que « dans le contexte de la colonisation », jamais pour eux-mêmes.

Pour ces communautés minoritaires et les Amérindiens, des modifications ont été ou seront apportées. Mais on sait par ailleurs qu'il y a d'autres inquiétudes à propos du programme. Ainsi, le philosophe Georges Leroux signalait récemment que « la passerelle avec l'éducation à la citoyenneté n'est pas faite » (Le Devoir du 31 mars dernier).

Et il y a aussi ceux, dont je suis, qui sont inquiets de voir réapparaître un programme vêtu des vieux atours de l'historiographie nationaliste traditionnelle.

C'est-à-dire appelant un récit centré sur la succession des événements douloureux ayant ponctué le passé canadien-français : la Conquête, les rébellions, la Confédération, les référendums manqués, etc. On sait que pour nombre de nationalistes, cette trame historique donne légitimité à la question nationale et paraît essentielle pour attiser la flamme souverainiste.

QUELQUES FAITS

En 2012, le Parti québécois arrive au pouvoir. Il a dans son projet politique de réformer le cours d'histoire, dont le contenu est alors considéré comme trop social et pas assez national par une coalition de nationalistes conservateurs dont le Parti québécois partage les vues. Marie Malavoy, la nouvelle ministre de l'Éducation, qui estimait que l'enseignement de l'histoire a « un peu noyé le poisson de la souveraineté » (Le Soleil du 11 octobre 2012), confie à un petit comité de proposer une réforme du programme. Le comité est placé sous la gouverne du sociologue Jacques Beauchemin, un ardant défenseur et penseur du nationalisme canadien-français traditionnel.

Le rapport du comité, intitulé Le sens de l'histoire, est rapidement préparé. Sans surprise, il satisfait aux voeux du gouvernement qui l'a commandé. Sa proposition centrale est de ramener au coeur du programme la trame dite nationale de l'historiographie canadienne-française traditionnelle.

Elle doit servir de « fil conducteur », est-il expliqué, car c'est elle « qui organise et singularise l'histoire du Québec, depuis les premiers balbutiements d'une communauté découvrant sa singularité jusqu'aux méandres de la "question nationale" telle qu'elle circonscrit aujourd'hui nos conflits et nos rassemblements ». Comment mieux complaire au programme du Parti québécois ?

Satisfaite du rapport du Comité, la ministre Malavoy demande au ministère de l'Éducation de préparer une version du programme selon les propositions du rapport. Le comité travaille avec diligence, et bientôt des parties de nouveau programme sont assez avancées pour être mises à l'essai dans quelques écoles. 

Entre-temps, les libéraux ont repris le pouvoir, mais les ministres successifs Yves Bolduc et François Blais ne semblent pas avoir vu de problème dans un programme d'histoire préparé selon une philosophie aussi contraire à celle de leur parti. Il a fallu attendre un troisième ministre, Sébastien Proulx, pour qu'un ministre de l'Éducation intervienne et fasse corriger le programme ; dans le but de donner une plus juste place à la minorité linguistique, aux communautés culturelles, aux autochtones.

Mais d'autres questions restent pendantes et devraient maintenant recevoir l'attention du ministre. Il y a la question qu'a soulevée Georges Leroux à propos de l'éducation à la citoyenneté dans le programme d'histoire. Il y aurait celle des savoirs dits d'histoire sociale que le retour de la centration sur le politique a poussée à la marge. Et il y a surtout, à mon avis, de marquer des distances par rapport à la perspective d'histoire nationale traditionnelle, pour s'assurer d'un programme conçu selon une vision moderne de l'éducation historique, un programme sachant tenir compte des réalités de notre époque, de notre société, des besoins des élèves d'aujourd'hui.

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