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La psychothérapie n'est pas un luxe

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Les résultats d'un sondage réalisé auprès de psychologues cliniciens révèlent que 80 % des répondants ont des patients qui consultent principalement pour un ou des troubles anxieux.

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Dans la culture populaire, on dépeint la psychothérapie comme un luxe que peuvent s'offrir les plus fortunés qui veulent comprendre leurs ruminations existentielles. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles le remboursement par l'État de séances de psychothérapie peut paraître insensé aux yeux de plusieurs, particulièrement dans un contexte où les finances publiques sont exsangues. Ces idées reçues masquent une réalité alarmante, qui commande une action audacieuse de nos gouvernements.

Contrairement à ce que l'on pense, les gens qui consultent sont pour la plupart aux prises avec des problèmes sérieux qui les handicapent. Les résultats d'un sondage réalisé par le psychologue Martin Drapeau de l'Université McGill auprès de psychologues cliniciens révèlent que 80 % des répondants ont des patients qui consultent principalement pour un ou des troubles anxieux tandis que près de 70 % le font pour un trouble de l'humeur. Seuls 6 % des répondants n'ont aucun patient avec des idées suicidaires. Pensons maintenant aux milliers de personnes qui sont dans la même situation, mais qui n'ont pas les moyens de se payer les services d'un thérapeute. Ces gens-là, l'État les abandonne.

Avoir une bonne santé mentale n'est pas un privilège, mais un droit.

Cette situation est particulièrement choquante compte tenu du fait que la science a depuis longtemps établi que la psychothérapie donne des résultats probants. Toujours selon M. Drapeau, son efficacité se chiffre à 80 %. En d'autres termes, une personne qui est suivie par un thérapeute se sent mieux que 79 % des personnes qui ne le sont pas. Pas besoin de réinventer la roue pour soigner les gens donc ; nous avons en notre possession l'outil qu'il nous faut pour intervenir.

LES COÛTS DE L'INACTION

Notre société n'a pas les moyens de rester immobile face à ce que l'on doit désormais appeler une crise de santé publique. On sait déjà qu'au Canada, une personne sur cinq souffrira d'une maladie mentale dans sa vie. Or, selon l'Organisation mondiale de la santé, entre 1990 et 2013, les troubles anxieux et la dépression ont augmenté respectivement de 42 % et 54 % dans la population mondiale. En parallèle, une étude du Conference Board publiée en 2012 nous apprend que les problèmes de santé mentale coûtent 20 milliards à l'économie canadienne en pertes de productivité. Selon le psychologue ontarien Michel Larivière, chaque semaine, 500 000 Canadiens s'absentent du travail à cause de problèmes de santé mentale. Les résultats d'une enquête nationale du cabinet de santé et de ressources humaines Morneau Shepell effectuée à l'automne 2015 révèlent que les prestations d'invalidité associées à la santé mentale sont versées plus longtemps et coûtent plus cher que les autres demandes de règlement. De plus, on sous-estime l'incidence de la santé mentale sur l'absentéisme : la vaste majorité des absences liées à la santé mentale ne sont pas signalées officiellement.

Comme l'éducation, s'occuper de la santé mentale de la population est un investissement très rentable et non un coût.

Vu froidement, la maladie mentale nous empêche d'atteindre les cibles de croissance que l'on se donne, celles-ci reposant sur une main-d'oeuvre active, apte à travailler et productive. Selon l'Organisation mondiale de la santé, investir 1 $ dans la santé mentale rapporterait aux gouvernements 4 $. Des études canadiennes plus prudentes parlent de 2 $ de revenus pour chaque dollar investi.

À l'instar de l'Australie et du Royaume-Uni, dont les gouvernements dispensent déjà des soins à des centaines de milliers de personnes annuellement, le Québec doit faire preuve d'audace et devenir un leader pour faire face à un problème de taille. Offrir des soins adaptés, dont la psychothérapie, relève d'une obligation morale doublée d'un impératif économique. L'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux, un organisme gouvernemental, a déjà recommandé l'année dernière au gouvernement d'élargir la couverture des services de psychothérapie dans le panier de services assurés. Nos politiciens se disent peut-être qu'ils ne peuvent gagner des élections en proposant de telles mesures, mais ils doivent garder en tête tout ce que l'on perd en ne faisant rien.

* Charles-Albert Morin, M. Sc. maîtrise en études internationales

David Levine et Michael Sheehan, co-porte-parole, Collectif pour l'accès à la psychothérapie

Christine Grou, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec et membre du Collectif pour l'accès à la psychothérapie

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