Un niveau élevé d'insatisfaction

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« Les réseaux sociaux amplifient bien souvent les situations et créent un sentiment d'urgence », explique Claude Castonguay.

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Claude Castonguay

Le Québec ne fait pas exception, il existe partout de l'instabilité et un niveau élevé d'insatisfaction à l'endroit des gouvernements. Le phénomène est tellement répandu que l'on ne peut s'empêcher de s'interroger sur ses manifestations et sur ses causes.

En France, on se souvient que Nicolas Sarkozy a été remercié après un mandat. De son côté, François Hollande, son successeur, se dirige à son tour vers une défaite certaine. Son gouvernement est incapable d'agir tant le niveau d'insatisfaction et de résistance est élevé. Les politiques de droite de l'un et celles de gauche de l'autre ne rassurent évidemment pas les Français.

En Grande-Bretagne, le pays traverse une véritable crise. La question du maintien du pays dans l'Union européenne divise le peuple et les partis politiques. La ligne de fracture n'a rien à voir avec la droite et la gauche. Les citoyens sont inquiets et ni le Oui ni le Non ne semblent en mesure de rallier une majorité.

Aux États-Unis, les citoyens sont en colère. L'establishment de Washington et Wall Street sont vus comme les grands coupables. Malgré le fossé qui les sépare, le républicain Trump et le démocrate Sanders sont d'accord sur cette question. La victoire de Trump, qui il n'y a pas longtemps apparaissait comme une impossibilité, pourrait bien se matérialiser. Cette perspective sème la plus grande inquiétude partout dans le monde.

Au Canada, les citoyens ont opté en octobre dernier pour un virage à 180 degrés. Contrairement à toute attente, les libéraux ont remporté la mise en migrant vers la gauche. Le rejet des politiques de Stephen Harper n'aurait pu être plus définitif. Quant aux néo-démocrates qui, s'étant déplacés au centre de l'échiquier, étaient convaincus de gagner l'élection, ils ont subi une dure défaite. Les deux partis se voient ainsi obligés de se réorienter et de se choisir de nouveaux leaders.

Au Québec, les gouvernements qui se succèdent s'avèrent incapables de garder la confiance et l'appui de la majorité de la population. Le climat est au pessimisme.

Deux ans après son élection, le niveau d'insatisfaction à l'endroit du gouvernement de Philippe Couillard est particulièrement élevé, surtout chez les francophones. Les analystes sont unanimes, le manque d'orientation et l'incohérence du gouvernement en sont les principales causes.

PLANÈTE EN TRANSFORMATION

Ce qui se passe n'est pas le fruit du hasard. Jamais la planète n'a été confrontée à un tel ensemble de transformations majeures. Des transformations qui, en se conjuguant, multiplient leurs effets. La révolution industrielle, qui a changé profondément le cours de l'histoire, apparaît aujourd'hui comme un changement de course somme toute limité par rapport aux enjeux auxquels nous faisons face.

La liste des défis avec lesquels les gouvernements doivent composer est impressionnante : la mondialisation de l'économie et les déplacements des emplois qui en résultent ; les inégalités sociales croissantes et les tensions qu'elles provoquent ; les évasions fiscales et leurs effets sur les revenus des gouvernements ; le vieillissement des populations et l'alourdissement des charges sociales ; les cataclysmes causés par le réchauffement de la planète ; et, même si elles sont moins évidentes, les révolutions numérique et robotique qui éliminent les emplois.

Tout cela avec comme arrière-plan un terrible conflit entre l'islam radical, qui mise sur des actes terroristes d'une cruauté inouïe, et le monde évolué. Sur ce plan, personne n'est en mesure d'entrevoir ce que l'avenir nous réserve.

RECHERCHE DE SOLUTIONS

La nature, l'ampleur et la diversité des changements sont telles que les orientations à prendre et les moyens de composer avec leurs effets sont loin d'être évidents. Les repères traditionnels propres à la gauche et à la droite de l'échiquier politique ne tiennent plus. Les choix sur les moyens à prendre divisent les populations.

Les gens sont avec raison inquiets et demandent des changements sans trop savoir lesquels. Ils sont toutefois contre ceux susceptibles de les déranger. Les réseaux sociaux amplifient bien souvent les situations et créent un sentiment d'urgence.

Dans un tel contexte, un gouvernement doit choisir entre deux types d'approches. Il peut choisir d'obtenir, dans toute la mesure du possible, l'adhésion à ses vues des citoyens et de leurs représentants. Ce qui signifie la recherche d'un juste équilibre entre les exigences d'une situation et le respect des attitudes et des préoccupations de la population. Pour ce faire, le gouvernement doit cependant pouvoir justifier ses prises de position, y mettre le temps nécessaire et du doigté.

Un gouvernement peut aussi choisir la méthode forte. Il impose alors ses façons de voir la situation et les moyens d'atteindre ses fins. Cette méthode, qui s'apparente à la dictature, demande moins d'effort et permet d'agir plus rapidement. Par contre, elle opère sans connexion avec le monde réel et ne fait que susciter de l'insatisfaction et de la résistance.

En l'absence d'un programme équilibré et crédible, le premier ministre du Québec s'est trouvé dans l'impossibilité de dialoguer avec la population et d'obtenir son adhésion. Il n'a guère eu d'autre choix que d'employer la méthode forte, au besoin avec l'imposition du bâillon et de la négation de droits considérés comme acquis. Si le premier ministre choisit de poursuivre dans cette voie, il risque fort d'avoir une mauvaise surprise en octobre 2018.

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