Qu'en est-il de la prévention ?

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« Ces salaires ont un coût, mais il faut le comparer aux coûts actuels liés au tabagisme, à la sédentarité et à la mauvaise alimentation », explique Martin Juneau.

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Martin Juneau

Cardiologue, directeur de la prévention à l'Institut de Cardiologie de Montréal, et professeur agrégé de clinique à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal

On parle beaucoup de prévention et de « saines habitudes de vie », mais très peu a été fait pour vraiment intégrer la prévention aux interventions en santé.

Ainsi, près d'un tiers des lits d'hôpitaux sont occupés par des patients qui souffrent d'une maladie reliée au tabac. Le tabac est la principale cause évitable des maladies cardiovasculaires, des maladies respiratoires chroniques et de plusieurs cancers (poumons, cancers ORL, vessie, etc.).

On évalue à au moins un milliard par an les coûts directs du tabagisme (soins de santé) et à trois milliards les coûts indirects. Pourtant, les sommes consacrées pour aider les fumeurs à cesser de fumer sont très modestes et dans les hôpitaux, il y a peu de programmes consacrés au traitement du tabagisme. Dans notre établissement, le programme de traitement du tabagisme est entièrement financé par notre fondation. Idéalement, tous les hôpitaux du Québec devraient offrir obligatoirement un tel programme financé par le Ministère.

Pour ce qui est de l'exercice et de l'alimentation, le système actuel ne favorise pas la prise en charge des patients par le médecin puisque le temps alloué à chaque patient est très restreint (le mode de rémunération à l'acte n'aide pas) et les médecins sont rarement accompagnés dans leur clinique par une infirmière, un kinésiologue et une nutritionniste, sauf dans quelques GMF. Ces professionnels sont pourtant essentiels pour aider les patients à passer à l'action à la suite des recommandations du médecin. Ces professionnels devraient être présents et accessibles gratuitement dans les cliniques et les hôpitaux.

Évidemment, ces salaires ont un coût, mais il faut le comparer aux coûts actuels liés au tabagisme, à la sédentarité et à la mauvaise alimentation.

Selon un rapport récent de l'INSPQ1, les coûts reliés à l'obésité seraient de l'ordre de 1,5 milliard par an.

LE COÛT DES MÉDICAMENTS

Au Québec, selon une estimation récente, le coût total (public et privé) des dépenses en médicaments est d'environ 8 milliards2. Si on regarde uniquement les coûts des médicaments pour traiter des affections directement reliées aux habitudes de vie, on constate que ces derniers accaparent environ 25 % du coût total des médicaments au Québec. Voici les détails3 : 

Les médicaments pour traiter l'hypertension artérielle occupent la première place dans la liste des coûts et représentent à eux seuls environ 10 % du coût total des médicaments. Le traitement du « cholestérol élevé » arrive en deuxième place avec environ 7 % des dépenses. Les médicaments pour traiter les maladies respiratoires comptent pour environ 6 %, et le diabète de type 2 arrive plus loin derrière avec approximativement 3,3 % des coûts.

On pourrait évidemment ajouter le coût très élevé des anticancéreux pour traiter des cancers liés au tabagisme, mais il est difficile de les retrouver dans les statistiques ; je ne tenterai pas d'en faire une estimation.

On peut donc évaluer, de façon assez prudente, à 25 %, soit environ 2 milliards (25 % de 8 milliards), les sommes consacrées aux médicaments utilisés pour traiter des affections directement reliées aux habitudes de vie. On peut imaginer l'ampleur des dépenses (et des économies potentielles) si on ajoute les coûts d'hospitalisation, la rémunération des médecins, etc., ainsi que les coûts indirects (perte de productivité).

Évidemment, l'amélioration des habitudes de vie ne réduirait pas la facture de 100 %, mais on peut penser que de 10 à 20 % d'économie à moyen terme serait réaliste. Plusieurs économistes ont déjà fait de telles évaluations.

D'ÉNORMES DÉPENSES

Les dépenses de santé représentent près de 50 % des dépenses de l'État. Personne ne souhaite que ce pourcentage grimpe vers 60 à 70 %4, puisqu'il ne restera pas grand-chose pour les autres missions essentielles de l'État.

Avec le dernier remaniement ministériel, la ministre Charlebois est maintenant la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie. C'est une bonne nouvelle, mais le financement devra suivre pour vraiment intégrer la prévention au système de soins.

On pourra alors certainement diminuer le fardeau financier dû aux maladies chroniques : coûts directs (soins médicaux, médicaments, etc.) et indirects (pertes de revenus d'emploi, productivité, absentéisme, etc.) en plus de diminuer l'incidence de maladies « évitables ».

Finalement, au-delà des soins et de la prévention, il ne faut pas oublier les déterminants de la santé (pauvreté, faible scolarisation, inégalités sociales, chômage, etc.) qui sont encore plus importants pour l'état de la santé des populations et donc, des coûts.

1 Les conséquences économiques associées à l'obésité et à l'embonpoint au Québec : les coûts liés à l'hospitalisation et aux consultations médicales, INSPQ, 2015.

2 National Health Expenditures Database, 1975-2015, Canadian Institute for Health Information.

3 The Canadian Rx Atlas, Third Edition, décembre 2013, UBC Centre for Health and Policy Research.

4 Les dépenses en santé du gouvernement du Québec, 2013-2030 : projections et déterminants, CIRANO, décembre 2013.

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