L'avenir de nos enfants ne devrait pas être monnayé

« Les CPE représentent un outil de développement social... (Photo David Boily, archives La Presse)

Agrandir

« Les CPE représentent un outil de développement social hors du commun pour les enfants et leur famille », estime l'auteur.

Photo David Boily, archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Luc Ferrandez

Chef de l'opposition officielle à la Ville de Montréal et maire de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal

Monsieur Couillard, en imposant des compressions de quelque 120 millions au réseau des centres de la petite enfance (CPE), vous posez un geste radical et irréfléchi, tant les pertes générées pour la société québécoise dépassent et effacent les gains que vous en attendez.

Les CPE représentent un outil de développement social hors du commun pour les enfants et leur famille. C'est aussi un magnifique outil d'intégration pour les enfants ayant des besoins particuliers, au moment de leur vie où ils en ont le plus besoin et au moment où leurs parents sont les plus fragiles et les plus démunis.

Non seulement c'est le plus important et le plus efficace de tous les services publics, c'est aussi un succès québécois qui fait l'unanimité ici et l'envie ailleurs. Combien en avons-nous dans cette catégorie ? Pourquoi s'attaquer à ce qui fonctionne - que dis-je, à ce qui brille - alors que des pans entiers de l'activité gouvernementale sont à repenser ?

Cet outil crucial de notre développement devrait être célébré et étendu. Vous avez plutôt choisi de risquer sa valeur intrinsèque en vous laissant aveugler par une démonstration comptable aussi pauvre qu'incomplète.

D'accord, on pourrait faire quelques économies. Peut être que certains conseils d'administration ont accepté un budget un peu trop généreux pour leur direction et que le taux d'absentéisme doit être encadré dans certains établissements. Mais en choisissant de couper des dizaines de millions partout et pour tout le monde, on franchit la distance qui sépare la bonne gestion de l'acharnement.

En plus de mettre en péril cette institution remarquable, le coup de crayon de vos comptables éliminera quelque 900 emplois occupés par des femmes de la région de Montréal.

Ce seul chiffre devrait vous faire reculer. Imaginez la vitesse à laquelle vous vous seriez précipité au chevet d'une entreprise qui aurait aboli 900 emplois dans une seule région. Il faut, par ailleurs, considérer que si l'emploi de ces femmes disparaissait, les emplois alternatifs disponibles (en garderie privée) les ramèneraient autour du seuil de la pauvreté.

Quel stagiaire en économie pourrait oublier de calculer l'apport de ces femmes à la société québécoise alors qu'elles occupent une place de choix sur le marché du travail et qu'elles peuvent fonder une famille tout en menant de front leur carrière ? Le tout, dans la dignité.

Monsieur Couillard, je comprends que vous gérez un État intervenant dans des centaines de domaines. Vous ne pouvez pas tout voir et tout contrôler. Permettez que j'attire votre attention sur un exemple de votre réforme. Selon divers scénarios qui ont été proposés aux CPE, une cuisinière qui prépare 95 repas par jour, qui se charge des menus, des achats et de la comptabilité, passera d'un horaire de 40 à 21 heures. On n'est plus dans les bonnes pratiques ; on est dans le manque de jugement.

À l'instar des milliers de Montréalais qui sont descendus dans la rue, le 7 février, pour appuyer le réseau des CPE et ses travailleurs, je souhaite que votre gouvernement recule et annule les compressions de 120 millions prévues dans le réseau des CPE. « Le Québec fou de ses enfants » doit rester le leitmotiv de la gestion des services à la petite enfance et la motivation première de ses dirigeants.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer