À propos du client

« Si monsieur doit absolument baiser, ne devrait-il pas... (PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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« Si monsieur doit absolument baiser, ne devrait-il pas plutôt le faire avec une personne qui n'est pas prise dans un cycle d'exploitation ? », demande Nathalie Cyr.

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Nathalie Cyr

Consultante en communications, Montréal

Ces dernières semaines, les médias nous ont présenté l'histoire de jeunes filles victimes de gangs de rue et de proxénètes, celles des parents de ces jeunes filles, des travailleurs sociaux, des policiers, des législateurs qui pourraient mettre en place des lois pour protéger nos jeunes filles ainsi que des hommes (et des femmes) qui recrutent ces jeunes filles afin d'en profiter dans tous les sens du mot.

Toutefois, vous avez omis de parler d'un acteur qui joue un rôle crucial dans ces tristes affaires : le « client ». Ce dernier brille par son absence dans cette conversation.

Lorsque j'ai discuté des événements dans lesquels étaient impliquées Jade, Sarah et les autres avec ma fille de 15 ans, il a été question des filles, des proxénètes, des policiers et aussi du client. La réaction de ma fille m'a fait grandement réfléchir. Pour elle, il semble plus facile de changer les comportements des jeunes filles et de mettre en place des mesures judiciaires préventives et punitives afin d'empêcher les gangs de rue de recruter aussi facilement, que de résoudre le problème en changeant la nature du « client ».

Dans toute son expérience d'adolescente, elle a tristement déjà pu observer qu'il serait bien difficile de demander à l'homme de ne plus consommer de pornographie ou de sexe sans sentiment : c'est tout simplement plus fort que lui...

DES HOMMES ORDINAIRES

Qui est le client ? Quand je parle de ce dernier, je ne me réfère pas à des pédophiles ou à des individus aux comportements déviants. Le corps de ces filles ne sera pas nécessairement vendu à des criminels tordus qui n'ont aucun sens moral et que la loi peut difficilement atteindre. Non ! En fait, la plupart des futurs clients de ces jeunes filles seront des hommes qui les ramasseront pour qu'elles leur fassent une pipe au coin d'une rue dans une minifourgonnette avec des sièges d'enfant sur la banquette arrière.

Ce sont des pères de famille respectés dans leur communauté et au travail, qui les tripoteront dans un isoloir de bar de danseuses de luxe ; des hommes d'affaires préoccupés, qu'elles vont aider à se détendre dans un salon de massage ; des professionnels en voyage d'affaires qu'elles rencontreront dans des hôtels très respectables. Elles seront aussi probablement sur le web en photos ou dans des vidéos pornos.

Je connais beaucoup d'hommes qui vont de temps en temps dans ces bars de danseuses. J'en connais aussi qui se masturbent en regardant ce qui est disponible sur le web. J'en connais même un qui croit que la belle jeune fille qui se frotte sur lui dans l'isoloir l'a aidé à sauver son mariage, car elle lui permettait, pour quelques instants, d'assouvir ses désirs et de se sentir désiré quand elle « se donnait » à lui à coups de 20 $.

Perdus dans leurs fantasmes, plusieurs pensent que ce genre d'échappatoire est tout à fait inoffensif et qu'il est beaucoup moins dommageable de se satisfaire de cette façon que de tromper leur partenaire de vie en ayant une aventure avec une femme de leur âge. Je ne suis pas partisane des aventures extraconjugales, mais si monsieur doit absolument baiser, ne devrait-il pas plutôt le faire avec une personne qui n'est pas prise dans un cycle d'exploitation et qui, peut-être en tirerait, elle aussi, une certaine satisfaction ?

Malgré tout, on préfère croire que tout le monde s'en tire bien - le client a du plaisir et la fille fait de l'argent.

Le client préfère ne pas pousser la réflexion plus loin, car s'il lève un peu le rideau, il va s'apercevoir que la belle fille qui se trémousse devant lui ne le fait pas parce qu'elle le trouve séduisant, mais plutôt parce qu'elle a besoin d'argent ou que, si elle ne fait pas un bon job, elle va passer un mauvais quart d'heure.

LE VRAI VISAGE DES FILLES

Les événements des dernières semaines nous ont révélé le vrai visage de ces jeunes filles qui aident les hommes à sauver leur mariage ou à se détendre après une dure journée. Elles sont nos filles, nos soeurs, les amies de nos enfants. Ces jeunes filles ont sûrement déjà pu observer, comme ma fille de 15 ans, combien beaucoup d'hommes et de garçons sont obnubilés par le sexe et la pornographie.

Le but de ce texte n'est pas de traiter tous les hommes de salauds. Je crois plutôt que c'est un problème de société. Nous devons être conséquents avec nos choix et cesser de prétendre que si cette situation perdure, c'est la faute des filles, des gangs, de la police, des travailleurs sociaux ou du gouvernement.

C'est un business et s'il n'y a plus de demande, il n'y a plus de business.

J'ai tout de même demandé à ma fille d'être prudente, de se méfier des beaux gars qui tenteront de la charmer en lui promettant de belles choses, de ne pas « poster » de photos d'elle sur le web, de s'habiller prudemment, etc.

Elle comprend parfaitement ce que je lui dis, mais comme plusieurs autres jeunes filles de son âge, elle a de la difficulté à saisir pourquoi, si elle veut avoir un chum, elle devrait aller à l'encontre de leurs désirs.

On finira peut-être par briser ce cycle quand le client assumera sa responsabilité dans cette histoire et qu'il décidera si le plaisir du fantasme vaut, oui ou non, le risque d'y rencontrer sa fille, sa soeur ou même sa mère.

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