Porter l'uniforme, porter l'honneur

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« Les policiers québécois bénéficient d'une très solide formation, reconnue et saluée internationalement », souligne Nathalie Gravel.

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Nathalie Gravel

Criminologue

Ce texte a été écrit dans la foulée de la mort du policier Thierry Leroux, tué en service samedi dernier dans la réserve autochtone de Lac-Simon, en Abitibi. 

Porter l'uniforme policier, c'est accepter de s'effacer au profit du rôle que la société nous confère. Au coeur de cet engagement, le serment de service s'ancre fondamentalement dans ce contrat social entre le policier et sa collectivité : protéger et servir.

En d'autres termes, bien qu'on intervienne avec et grâce à ce que l'on est comme personne, les intérêts, les envies, les préférences et les priorités personnelles doivent rester au vestiaire. Lorsque vous revêtez votre uniforme, vous devenez la société que vous protégez et servez. Voilà à la fois une haute responsabilité et un immense privilège social, lourds de conséquences et de risques sécuritaires.

À titre de criminologue, j'ai le privilège de former depuis plus de 25 ans les aspirants policiers en enseignant au programme des Techniques policières du Collège de Maisonneuve. Leur parcours apprenant se complétera par la suite lors d'un stage à l'École nationale de police du Québec, une des plus grandes écoles de police au monde.

En effet, les policiers québécois bénéficient d'une très solide formation, reconnue et saluée internationalement. On l'ignore souvent, mais cette formation fait école partout sur la planète. Malheureusement, la meilleure des formations ne peut exclure le risque, parfois inévitable, de perdre sa vie en voulant protéger celle des autres.

Nos collectivités ont besoin que des êtres humains choisissent de servir et protéger. Cette mission implique de savoir agir avec empathie, humanité et nuance, d'être capable de vibrer émotivement devant la détresse humaine, aux réactions traumatiques événementielles.

Puis, dans l'heure qui suivra, que ces policiers puissent faire preuve d'autorité, en sachant user avec discernement du pouvoir discrétionnaire que leur accordent certaines législations, ou qu'ils soient en mesure d'intervenir en mode répressif lorsque la situation le nécessite.

Si ma meilleure amie, votre soeur, notre grand-père ou votre enfant est un jour victime de violence intrafamiliale, d'agression sexuelle, d'intimidation ou de négligence, nous espérons tous qu'un être humain se présentera, en uniforme, et qu'il saura écouter, soutenir, faire preuve de compassion, d'empathie, de flexibilité. Qu'il saura au besoin conseiller, rassurer, guider, référer ou procéder à l'arrestation d'un suspect. Notre société exige que ses milliers de policiers lui offrent chaque jour un rapport humain sensible, adapté aux circonstances et professionnel. Qu'ils les servent et les protègent dans les plus tragiques, exigeantes ou menaçantes circonstances. Rares sont les fonctions qui demandent autant d'adaptabilité et de rigueur professionnelles.

Mais le risque existe, souvent imprévisible, parfois inévitable. Celles et ceux qui adoptent le métier de policier savent pertinemment, dès leurs premières heures de leur formation, que la marge d'erreur qu'on leur octroiera socialement est pratiquement nulle et que le risque sécuritaire, lui, ne l'est jamais. L'honneur constitue le fondement même de cet engagement professionnel. Au-delà des règles déontologiques imposées par les cadres réglementaire, disciplinaire et légal, la valeur éthique que l'on accorde au rôle social d'une fonction professionnelle demeure sans doute le plus important rempart contre les dérives comportementales. Parce que ce métier d'importantes responsabilités et de grandes exigences en est aussi un de haut pouvoir et de forts privilèges, il est conséquemment porteur d'une puissante symbolique autoritaire et sociale. Notre société est exigeante envers ses policiers et elle a raison de maintenir ces hauts standards éthiques et comportementaux.

Porter l'uniforme, c'est mettre tous les efforts afin d'effectuer de bonne foi son travail au meilleur de nos capacités, dans des conditions souvent difficiles et ingrates.

Porter l'honneur, c'est ressentir suffisamment de fierté pour la fonction que l'on a choisi d'exercer pour se comporter de façon digne, honorable et respectueuse du rôle que notre société nous a confié. Cette société qui sait - parfois difficilement - reconnaître la valeur d'un rôle social noble, exigeant et hautement honorable.

Nos pensées accompagnent les parents et amis de Thierry Leroux, ainsi que l'équipe d'enseignants de Collège d'Alma où il a suivi sa formation en Techniques policières. Votre douleur rejoint nos coeurs.

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