Un revenu « suffisant » est-il suffisant ?

« Il est essentiel que tout projet d'allocation universelle... (Photo Pawel Dwulit, archives Bloomberg)

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« Il est essentiel que tout projet d'allocation universelle soit accompagné de mesures qui s'attaquent aux autres dimensions de la pauvreté et de l'exclusion sociale », estime l'auteur.

Photo Pawel Dwulit, archives Bloomberg

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François Aubry

Économiste, Montréal

Certains protagonistes de l'allocation universelle affirment que, si cette dernière était suffisamment élevée, elle permettrait d'éliminer la pauvreté et de réintégrer les exclus par le biais d'activités enrichissantes librement choisies.

Or, il est aujourd'hui généralement admis que l'exclusion et la pauvreté sont des réalités multidimensionnelles, comme le reconnaît explicitement d'ailleurs la loi québécoise visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale.

Ces deux phénomènes impliquent évidemment une insuffisance de revenus, mais aussi une « désorganisation à la fois pratique et culturelle, voire psychologique et morale, qui engendre la dépendance, la rend difficilement réversible et favorise sa reproduction »1. L'exclusion implique un déficit de liens sociaux, une carence d'occasions et de lieux de valorisation de soi.

La pauvreté et l'exclusion étant multidimensionnelles, une stratégie efficace devrait déployer un ensemble de moyens qui visent tout autant à enrayer leurs causes qu'à soulager leurs effets.

Puisqu'ils relèvent de handicaps économiques, sociaux et culturels, « on ne peut pas se contenter d'une assistance monétaire purement curative. Il faut aussi agir en amont sur les causes de la pauvreté par des mesures préventives : amélioration du niveau scolaire et de la formation, aide au logement, prise en charge des soins médicaux ... »2

On peut s'interroger sur la pertinence d'utiliser l'allocation universelle comme une stratégie globale ayant pour cible la pauvreté et l'exclusion, lesquelles requièrent plutôt des interventions spécifiques et ciblées. « L'exemple du logement est à cet effet significatif : pour avoir quelque chance de succès, une politique pour le logement des plus démunis doit combiner des aides financières à la personne, des actions d'accompagnement et des interventions économiques visant à susciter une offre de logements à bas prix. »2

Il est donc essentiel que tout projet d'allocation universelle soit accompagné des mesures qui s'attaquent aux autres dimensions de la pauvreté et de l'exclusion sociale.

1 Daniel Cérézuelle, Pour un autre développement social, Desclée de Brouwer, p. 53, cité dans Bernard Perret, Les Nouvelles frontières de l'argent, Seuil-Essai, 1999 

2 Bernard Perret, op.cit.

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