Un rapprochement qui suscite l'inquiétude

L'auteur voit un danger avec la grande proximité... (Photo Alain Roberge, archives La Presse)

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L'auteur voit un danger avec la grande proximité qui est en train de s'établir entre le gouvernement fédéral et les maires de grandes villes, comme Denis Coderre, de Montréal.

Photo Alain Roberge, archives La Presse

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Georges Boulet

Québec

Le vendredi 5 février dernier, un reportage diffusé au Téléjournal de fin de soirée m'a rappelé de bien mauvais souvenirs et laissé avec la crainte d'un nouveau débordement de la part du gouvernement fédéral.

Le journaliste rapportait que les municipalités ont obtenu l'assurance de la part du gouvernement fédéral, à l'occasion d'une réunion qui semble avoir été convoquée par le gouvernement Trudeau, qu'elles auront leur mot à dire sur les dépenses en infrastructures. Au vu du climat de grande collaboration, le journaliste a constaté que les maires avaient été reçus comme s'ils étaient eux-mêmes des premiers ministres, que les villes sont maintenant à la table des grands et que les provinces devront s'y faire. Il ajoutait que les villes ne veulent plus d'ingérence ; elles parlent maintenant directement avec Ottawa.

À entendre le maire de Montréal, Denis Coderre, commenter la tenue de la rencontre et exprimer sa grande satisfaction, je n'ai plus de doute que nous sommes à la veille d'un affrontement entre certaines villes et le gouvernement du Québec, sans compter un possible affrontement Ottawa-Québec.

Le maire de Montréal a dit, et je cite, « on sent que l'on fait partie de la donne maintenant, que les villes, ce n'est pas juste une créature des provinces ». De plus, il n'aurait pas besoin du gouvernement du Québec pour établir ses priorités.

Deux réalités doivent être rappelées à monsieur Coderre. Les villes québécoises sont effectivement des entités créées par le gouvernement du Québec et soumises à son contrôle. Ensuite, le gouvernement provincial a l'obligation de départager les priorités entre tous les besoins, autant ceux exprimés par les municipalités du Québec que ceux qu'il pourrait lui-même exprimer. Une fois cet exercice terminé, le gouvernement du Québec négociera avec son vis-à-vis fédéral les modalités et conditions entourant le versement des fonds fédéraux.

Au gré des gouvernements qui nous dirigent à Ottawa, il est déjà difficile de s'entendre sur les rôles de chacun et sur le respect des prérogatives de chaque ordre de gouvernement. Ajouter à cela les municipalités et nous nous retrouverons dans un capharnaüm administratif et politique sans précédent.

Monsieur Coderre s'ennuie-t-il de la politique fédérale ? C'est son droit. Mais il n'a pas à bousculer l'ordre établi pour construire son propre programme.

Si le titre de maire de Montréal ne le comble pas, il n'a qu'à se présenter sur la scène fédérale dès qu'une circonscription se libérera ; il pourra alors aspirer à redevenir ministre. Ce serait pourtant dommage, puisqu'il semble faire un bon travail à Montréal. 

Qu'il consacre plutôt ses efforts à documenter ses dossiers pour convaincre le gouvernement du Québec du bien-fondé de ses projets. Il a voix au chapitre, puisque sa ville, poumon économique du Québec, participera au financement des infrastructures. Laissons le gouvernement du Québec discuter avec Ottawa, sinon les municipalités ne feront qu'ouvrir toute grande la porte à une nouvelle ingérence du fédéral dans le domaine municipal. A-t-on oublié le défunt ministère fédéral des Affaires urbaines institué en 1971 par monsieur Trudeau père ?

Le gouvernement du Québec réfléchit en ce moment au contenu de nouvelles dispositions législatives concernant l'octroi de pouvoirs accrus aux municipalités, en particulier pour Montréal et Québec. À la lumière des déclarations de monsieur Coderre, j'inviterais messieurs Philippe Couillard et Martin Coiteux à la plus grande prudence quant aux ouvertures qui pourraient être consenties. Bien qu'une mise à niveau de certaines contraintes légales imposées aux municipalités s'avère nécessaire pour alléger les contrôles, il faut à tout prix reconnaître que dans l'état actuel des finances municipales et celles du gouvernement du Québec, la création d'un nouvel ordre de gouvernement avec la bureaucratie sous-jacente est la dernière chose dont nous ayons besoin.

Les municipalités, dont les employés ont encore une rémunération globale nettement supérieure à celles des employés de la fonction publique québécoise, malgré les améliorations apportées aux régimes de retraite, ont encore beaucoup à faire pour améliorer leur gestion et les services offerts à la population. Voilà qui devrait occuper prioritairement nos gestionnaires municipaux, sans pour autant qu'ils négligent la défense auprès du gouvernement du Québec des projets qui tiennent à coeur leurs commettants.

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