La SEPAQ et les pitous

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L'auteure estime que la SEPAQ fait fausse route en ouvrant la porte à la présence de chiens dans les parcs nationaux.

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Monique Loubry

Infirmière retraitée, Sorel-Tracy

La Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ) annonce son projet-pilote de réserver des secteurs aux chiens, dans trois de ses parcs, dès le 20 mai prochain, assurant qu'il y aura une évaluation au bout des trois années du projet, sur l'impact de la présence « du meilleur ami de l'homme ».

Je me demande d'ailleurs pourquoi le chien mérite cette appellation gentille quand on sait que 450 morsures de chien sont recensées au Québec tous les jours, pour un impressionnant total de 164 500 morsures par an (selon un sondage de Léger Marketing effectué en 2010). D'autre part, les vétérinaires s'entendent pour dire que n'importe quel chien, sans exception, peut mordre et que la plupart des victimes sont des enfants âgés de 5 à 9 ans.

Il n'est pas anodin, non plus, de signaler qu'aux États-Unis, entre 2005 et 2013, on a compté 283 décès dus à des morsures de chiens. En 1997, le Conseil des directeurs de santé publique du Québec rapportait déjà 117 000 morsures et précisait que deux cas sur trois se produisaient entre avril et août.

Ajoutons encore que toutes les morsures, sans égard au site ou à l'ampleur de la blessure, sont un risque potentiel de transmettre le virus de la rage.

Toutes ces données laissent à penser que le risque de morsures est bien connu, réel et documenté. Voyons maintenant comment la sécurité des randonneurs sera assurée. La SEPAQ a émis quelques règles, comme : « le chien devra être tenu en laisse en tout temps », et : « le comportement des propriétaires des chiens sera évalué », et seuls certains secteurs des parcs seront autorisés aux chiens.

Je me questionne sur l'observance de ces conditions, car, moi-même adepte des randonnées dans les parcs, je ne vois JAMAIS de patrouilleurs, excepté dans les chalets d'accueil des sites.

Une fois sur les sites, comment le propriétaire d'un chien, toujours inoffensif à ses yeux, résistera-t-il à l'envie de laisser courir son chien en liberté, « juste quelques minutes » ?

La loi est claire au sujet de la responsabilité d'un propriétaire de chien : il est responsable en tout temps des dommages causés à autrui. Quels secours seront apportés rapidement à un randonneur attaqué ? Comment identifier le propriétaire ? 

L'été dernier, alors que je faisais du vélo dans des chemins paisibles de régions rurales, à deux reprises, un chien a surgi de nulle part et a foncé sur moi. Heureusement, il a chaque fois arrêté de coller à mes roues après quelques interminables secondes, mais quelle frayeur ! Quand j'ai rapporté les incidents aux services policiers, leur réponse m'a laissée bouche bée : « On ne peut rien faire, il faut qu'on soit sur place au moment où ça se passe. » Imaginez en plein bois.

Je suis intriguée par les critères non divulgués de l'appréciation du projet-pilote : combien de morsures, de blessures et de plaintes constitueront le critère pour affirmer la dangerosité ? Comment tenir compte du nombre de randonneurs qui se seront abstenus de fréquenter les parcs pendant ces trois années ? La SEPAQ accepte donc de compromettre la sécurité des randonneurs et de restreindre les zones de circulation pour les marcheurs et les campeurs, pour favoriser l'accès aux chiens.

N'est-ce pas là s'éloigner de la philosophie de la SEPAQ qui voulait que les parcs soient des zones d'accès de circulation pour tous, des moments privilégiés d'activités sécuritaires en famille, des opportunités de ressourcement dans la tranquillité, le calme et la sécurité ?

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