Mauvaises fréquentations

« Imaginer que le corps de ma fille devienne... (Photo  VALERY HACHÉ, Agence france-presse)

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« Imaginer que le corps de ma fille devienne monnaie d'échange, une simple viande, un horrible désir sexuel, un objet... », écrit Gwendoline Duchaine.

Photo  VALERY HACHÉ, Agence france-presse

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Gwendoline Duchaine

Auteure, rédactrice, Saint-Basile-le-Grand

À cet âge où nos ados nous échappent, où nous avons tant de difficulté à comprendre leurs sautes d'humeur, où chaque petit conflit peut virer au drame, où notre autorité de parents est systématique remise en question ; pendant cette période charnière, fragile, comment protéger nos jeunes qui testent plein de choses et ressentent ce besoin d'aller explorer, de contredire, et d'exister ? Comment leur dire que l'on s'inquiète sans qu'ils ne se braquent ?

Il y a 15 ans, mon mari et moi avions loué un film de Jean-Pierre Améris, Mauvaises fréquentions. Ce film relate le déclin d'une adolescente qui, par amour, se prostitue pour un jeune homme qui lui offre une possibilité d'exister enfin, dans sa vie routinière de fille de prof. Commence alors une véritable descente aux enfers, sous le regard impuissant de ses parents qui pourtant côtoient chaque jour des jeunes de son âge. Les parents, complètement dépassés, ne reconnaissent absolument plus leur enfant, et ne se doutent pas des atrocités qu'elle peut vivre et faire par amour pour un monstre...

Je me souviens que la nuit qui a suivi, mon conjoint fut incapable de dormir. En effet, dans mon ventre grandissait alors notre premier enfant, une petite fille... Futur papa, il était inquiet de réaliser que ces dérapages peuvent arriver à tout le monde. Comment protéger mon enfant ? Quelles armes lui donner ?

Chéri, on a le temps, c'est dans 15 ans, on verra bien.

C'était hier... Ils grandissent tellement vite... On dirait que nous avons eu à peine le temps de nous retourner et notre fille va bientôt avoir 15 ans. Je regarde l'actualité avec effroi. Chaque semaine, la disparition d'une jeune fille, belle, intelligente, sans histoire, est relatée dans les médias. Les « mauvaises fréquentations » semblent être intemporelles et nous volent nos enfants. Lorsque je partage mon inquiétude à ma fille, elle me répond : 

 - Maman, franchement, je ne suis pas bête !

 - J'ai confiance en toi, ma chérie, ce sont dans les autres que je ne crois pas. Tu sais, il suffit d'une fois, d'une drogue, d'une soirée, et ta vie peut basculer.

 - Non ! Je suis assez intelligente pour ne pas me faire avoir !

Ces jeunes filles disparues l'étaient aussi, intelligentes... Par amour, on fait n'importe quoi, surtout dans cette période fragile qu'est l'adolescence.

Imaginer que le corps de ma fille devienne monnaie d'échange, une simple viande, un horrible désir sexuel, un objet... Imaginer qu'elle puisse se vendre par amour ou par peur... Un parent ne peut endurer ça... Quelles sont nos armes ? Comment les rendre conscients de ce danger sans les terroriser ? Vers qui se tourner si son enfant a de « mauvaises fréquentations » ? Jusqu'où peut-on tolérer ? À quel moment faut-il s'alarmer ?

AU-DELÀ DES PARENTS

Donner les armes à son enfant, c'est aussi lui enseigner qu'il existe autour de lui des ressources autres que moi, son parent... Parce que c'est sans doute insupportable pour lui d'en parler avec moi (je me rappelle, quand j'étais une ado, mes parents étaient les dernières personnes à qui je voulais me confier, et c'est normal !). Il faut laisser son coeur ouvert, éviter de juger, en effet... Facile à dire... Mais souvent, ce sont nos tripes qui embarquent et la colère qui monte devant ces situations déconcertantes pour un parent.

Alors ma fille, si un jour, tu ne sais plus, si un jour tu es perdue, si un jour tu sens que je ne peux pas tout entendre parce que je suis ta maman, et que tu as besoin d'une bouée à laquelle te raccrocher, il existe des gens qui peuvent t'aider, qui sont là pour toi, de façon tout à fait anonyme et qui te guideront.

Parents, il existe aussi des ressources. Nous pouvons avoir accès à de l'information, nous pouvons rompre l'isolement, nous pouvons casser la spirale de l'incertitude et de l'angoisse, de la dévalorisation parentale et de ce terrifiant sentiment d'impuissance.

Notre arme, c'est la parole ! Parler et prendre conscience que nous ne sommes pas seuls. Ensemble on est plus fort, non ? Parler, parler et crier haut et fort à ceux qui volent la pureté de nos enfants que nous ne nous laisserons pas faire ! Que nos filles ne sont pas de la viande qu'on expose et qu'on vole ! Que leur avenir est beau !

Vous pouvez trouver une assistance, un accompagnement, une écoute, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, à la Fondation Tel-jeunes. Bizarrement, c'est ma fille qui m'a donné ce contact, en me disant que si un jour j'en avais besoin, bien... l'aide existe !

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