Un processus de sélection rigoureux

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Le film Mommy de Xavier Dolan a remporté, l'an dernier, le Jutra du Meilleur film.

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COLLECTIF

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En réponse à la chronique d'Hugo Dumas, « Le mirage des Jutra », publiée samedi.

Rétablissons quelques faits. Il n'y a pas de « clique des Jutra », c'est une vue de votre esprit.

Que vous aimiez ou non les résultats annoncés dernièrement, le processus de sélection est rigoureux. Un comité composé de 28 membres de différentes associations professionnelles, ayant vu tous les titres québécois, vote à l'aveugle et ses membres apprennent les résultats lors d'une conférence de presse. Aucun complot à démonter ici.

Les démons, Les êtres chers, Corbo et Félix et Meira se retrouvent également finalistes dans la catégorie « Meilleur film » aux Prix Écrans canadiens, décernés à Toronto. La passion d'Augustine s'y retrouve dans deux catégories importantes. Nous aimerions bien savoir à quelle clique il faut appartenir pour y être sélectionnés aussi, par un jury indépendant de celui des Jutra ? Se pourrait-il que ces films dont vous n'aimez pas les synopsis soient tout simplement... bons ?

Nos sujets vous dépriment ? Ils ne font pourtant que se pencher sur des pans de la vie que vous, nous et le public québécois vivons tous, collectivement.

Le vrai scandale ne se trouve pas dans le type de cinéma qu'un jury a choisi de plébisciter, mais dans l'incroyable mépris que vous et certains chroniqueurs affichez pour le public québécois, en prétendant qu'il ne peut pas apprécier des films comme les nôtres. 

Rappelons que Le mirage traite d'un couple dépressif, étouffé par son matérialisme. Que La passion d'Augustine se déroule dans un couvent, sur fond d'instauration du système d'éducation public québécois. Que Paul à Québec traite de la mort et du cancer. Sans oublier Mommy, Les invasions barbares, C.R.A.Z.Y., Incendies, que vous citez aussi... Aucun film ici dont le sujet ne soit réjouissant sur papier.

Nous sommes heureux que vous ne vous soyez pas arrêté à leurs synopsis ou à vos préjugés, et que vous les ayez vus. Vous pourriez maintenant faire de même avec nos films, avant de les accuser d'être « tranquilles, désespérés et catatoniques ». Et non, vous n'aurez pas besoin « d'avaler, de façon préventive, une poignée d'antidépresseurs » avant de les voir. À moins qu'une condition préexistante ne vous oblige à le faire.

Personne ne consacre trois, quatre, cinq années de sa vie à la création d'un film en ne croyant pas que celui-ci saura rejoindre un large public. Mais faut-il rappeler que tous les films ne sont pas poussés par la même machine publicitaire et médiatique ? La « polémique » que vous soulevez ne cache pas les obscures machinations d'une « clique » qui cherche à « snober tout ce qui a fonctionné au box-office ». Elle ne cache que ceci : les Prix Jutra ont été conçus pour souligner le mérite artistique de certains films québécois, qu'ils aient trouvé leur public ou non.

Nos films ont reçu plusieurs nominations cette année, pas par snobisme, mais parce qu'un groupe de personnes totalement indépendant a déterminé qu'il s'agissait, au mérite artistique, des propositions les plus accomplies.

Comme dans toute remise de prix, il y a des oubliés. Le mirage, Paul à Québec, Chorus, Le bruit des arbres, pour ne nommer que ceux-là. Tous ces films ont fait rayonner la culture québécoise, ici et ailleurs. Mais surtout - et ça, aucun chiffre ne le comptabilisera - ils ont ému, bouleversé, fait rire ou réfléchir ceux qui les ont vus.

Vous voulez diviser les artisans de notre cinéma (« auteurs » c. « populaires ») et convaincre vos lecteurs que le milieu du cinéma québécois méprise leurs goûts, ce qui ne saurait être plus faux. Nous préférons retenir, d'une même voix, autre chose de la présente situation. Nous préférons retenir qu'un si grand nombre de films de qualité ont été produits chez nous qu'il a été impossible de tous les récompenser. En d'autres mots, que le cinéma québécois est vibrant et qu'il se porte bien.

Nous continuerons donc à prendre ce pari risqué qui donne un vrai sens à notre travail : il est possible à la fois de divertir et de faire réfléchir.

* Mathieu Denis, scénariste et réalisateur, Corbo ; 

Anne Émond, scénariste et réalisatrice, Les êtres chers 

Maxime Giroux, scénariste et réalisateur, Félix et Meira ; 

Philippe Lesage, scénariste et réalisateur, Les démons ; 

Léa Pool, scénariste et réalisatrice, La passion d'Augustine.

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