Les déficits ne stimuleront pas l'économie

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« Comme il faut ajouter le poids de la fiscalité sur l'économie au coût de remboursement des emprunts, ceux-ci finissent par coûter bien cher à notre économie », précise Michel Kelly-Gagnon.

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Michel Kelly-Gagnon

Président de l'Institut économique de Montréal

Plusieurs économistes de Bay Street recommandent fortement au gouvernement fédéral de délier encore plus les cordons de sa bourse et de faire des déficits plus importants qu'annoncés lors de la campagne électorale, dans le but de « stimuler » l'économie canadienne. Cette vision « court-termiste » ne prend pas en compte plusieurs éléments importants.

Après la crise financière de 2008, ce sont les pays de l'OCDE qui ont à la fois réduit leurs dépenses publiques et leurs revenus qui ont réussi à obtenir la croissance annuelle moyenne la plus élevée. À l'inverse, les pays qui ont choisi d'augmenter à la fois leurs dépenses et leur fardeau fiscal ont connu une croissance très faible et même un recul économique, si on inclut à ce calcul la Grèce. Ces faits contredisent de façon directe la doctrine des économistes de Bay Street.

Les théories macroéconomiques sur lesquelles ces derniers fondent leurs recommandations suggèrent pourtant de relancer l'économie par la dépense publique uniquement en période de récession.

Qui plus est, de nombreux économistes nobélisés, comme Thomas Sargent, Robert Lucas, Gary Becker, Eugene Fama, Milton Friedman et plusieurs autres, croient pourtant que, même en période de récession, l'État ne peut pas relancer l'économie par son déficit. Or, peu importe le groupe d'économistes qui a raison, le Canada n'est pas en récession, ne l'a pas été en 2015 et, selon les plus récentes prévisions de la Banque du Canada, ne le sera pas en 2016, et ce, indépendamment de la taille du déficit fédéral.

Une étude récente réalisée par l'économiste de Harvard Roberto Alesina ainsi que trois de ses collègues montre que c'est en fait la réduction des dépenses publiques plutôt que l'augmentation des déficits publics qui est susceptible de stimuler l'économie. Selon Alesina, cela est d'autant plus vrai lorsque cette réduction est accompagnée d'une vague de libéralisation du marché du travail et de réduction du fardeau réglementaire.

Dans le même sens, la recherche récemment publiée par António Afonso et João Tovar Jalles, respectivement de la Banque centrale européenne et de l'OCDE, révèle que lorsque l'État concurrence moins l'économie privée pour recruter les travailleurs et pour utiliser du capital, l'investissement privé prend le relai. À plus long terme, les effets positifs sur la croissance économique dominent très largement.

À tout cela, les partisans d'un déficit important répondent invariablement qu'il faut profiter des faibles taux d'intérêt actuels. Mais il s'agit là d'une grossière erreur.

En effet, même à faible taux, les emprunts doivent un jour être remboursés, et ce avec... des impôts. Les études récentes varient et estiment que chaque dollar de taxe prélevé coûte à la société entre 1,10 $ dans les recherches de Robert J. Barro et Chuck Redlick, de Harvard, et jusqu'à 5 $ dans certains cas, dans l'étude d'Andrew Mountford et Harald Uhlig, des universités de Londres et Chicago. Ainsi donc, comme il faut ajouter le poids de la fiscalité sur l'économie au coût de remboursement des emprunts, ceux-ci finissent par coûter bien cher à notre économie, et ce, même quand les taux d'intérêt sont par ailleurs très bas.

Enfin, les débats sur le retour à l'équilibre budgétaire que l'on rencontre au Québec ainsi que les choix difficiles auxquels a dû faire face le gouvernement Couillard, devraient constituer une mise en garde pour le gouvernement fédéral. En effet, le retour au déficit zéro, même en période de croissance, est toujours un exercice difficile demandant un certain réajustement et qui provoque immanquablement une levée de boucliers. Autrement dit, après un plan de relance, il ne suffit pas de décréter l'équilibre budgétaire pour y arriver.

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