Renouons nos relations avec l'Iran

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« Pourquoi soumettre les Iraniens à des normes que nous n'imposons pas à d'autres nations avec qui nous entretenons des relations diplomatiques cordiales ? », demande Richard Foltz.

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Richard Foltz

Directeur du Centre d'études iraniennes de l'Université Concordia et auteur du livre Iran in World History (Oxford University Press, 2016)

Le gouvernement iranien décrétait récemment la « Journée de la mise en oeuvre ». Ce geste s'inscrivait dans la levée des sanctions internationales contre l'Iran, ainsi que le prévoyait l'entente - entérinée en juillet 2015 - limitant sa capacité à concevoir des armes nucléaires.

Les médias occidentaux ont salué ce « retour de l'Iran au sein de la communauté internationale ». Pourtant, c'est l'exclusion même du pays qui n'aurait jamais dû survenir.

L'hostilité de l'Occident à l'égard de l'Iran relève à la fois de l'illogisme et de l'hypocrisie. Il y a 37 ans, la révolution iranienne s'est conclue par l'abolition d'une monarchie vieille de deux millénaires et demi, puis par la création d'une république islamique. Depuis, les États-Unis et d'autres pays occidentaux ont banni l'Iran, l'accusant de violer les droits de la personne, le taxant d'encourager le terrorisme et, plus récemment, le soupçonnant de convoiter la puissance nucléaire.

Examinons ces trois griefs à la lumière de l'actualité mondiale et des alliances internationales des 35 dernières années. Durant cette période, Israël et l'Arabie saoudite ont été les deux principaux alliés de l'Occident au Moyen-Orient. L'État israélien et le Pakistan, autre pays ami des nations occidentales, se sont vu octroyer la permission de développer des armes nucléaires. Sérieusement, qui peut dès lors prétendre que le non-respect des droits de la personne, l'appui au terrorisme ou la volonté de se constituer un arsenal nucléaire forment des critères clés dans la sélection par l'Occident d'alliés moyen-orientaux ?

Si nous parvenions à nous mettre d'accord et à faire fi une fois pour toutes de telles absurdités, nous pourrions enfin examiner avec plus d'exactitude les facteurs qui sous-tendent réellement les intérêts occidentaux au Moyen-Orient.

D'entrée de jeu, le pétrole et l'influence politique du lobby pro-israélien viennent à l'esprit. À l'évidence, le groupe de pression met tout en oeuvre pour faire taire les critiques, de quelque nature que ce soit, sur les infractions israéliennes au droit international. Sur ces deux enjeux, la position canadienne dans les dernières années est allée à l'encontre tant du rôle historique du Canada comme médiateur de la paix que des valeurs de la majorité des gens d'ici.

Doté de vastes réserves pétrolifères, le Canada n'a nul besoin de l'or noir saoudien. Par ailleurs, rappelons-nous les interventions de l'Arabie saoudite au Yémen et dans les pays limitrophes ; souvenons-nous de ses antécédents en matière d'atteinte aux droits de la personne sur son territoire ou de financement de l'extrémisme islamique aux quatre coins du globe.

Bref, aucune raison valable ne motive le maintien d'un statut particulier pour l'Arabie saoudite ni le refus de traiter avec l'Iran. Pourquoi continuer de vendre des armes aux Saoudiens ? Pourquoi soumettre les Iraniens à des normes que nous n'imposons pas à d'autres nations avec qui nous entretenons des relations diplomatiques cordiales ?

Sous la gouverne de Benyamin Nétanyahou, Israël a mené une inlassable campagne pour perpétuer la marginalisation de l'Iran. Pourtant, en dépit des propos démagogiques tenus par son ancien président et des traductions erronées qui en ont été faites, l'État iranien ne fait planer aucune menace existentielle sur la nation israélienne. En réalité, la dernière guerre d'agression déclenchée par l'Iran remonte à plus de 200 ans. Qui plus est, les menées occultes qu'exerçait son gouvernement révolutionnaire dans les années 80 visaient très largement les Iraniens eux-mêmes.

Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le Moyen-Orient s'est révélé un véritable bourbier pour les puissances occidentales cherchant à dominer la région. De l'époque biblique au début du XVIIIe siècle, l'Iran a dirigé l'essentiel du Moyen-Orient. Nous pourrions donc croire que les Iraniens possèdent une certaine expérience comme négociateur politique à l'échelle régionale. Devrions-nous dès lors nous étonner que l'Iran intervienne dans les affaires de l'Irak, de la Syrie ou de Bahreïn ? Ou qu'il appuie les communautés chiites du Liban, du Yémen ou de l'Arabie saoudite ?

Supposons un instant que nous acceptions le désir de l'État iranien de promouvoir ses intérêts dans son secteur : ne serait-ce pas tout aussi naturel que la politique que mènent la Russie et la Chine dans leur zone d'influence ? Qu'adviendrait-il si nous constations que, bien souvent, les intérêts de l'Iran (par exemple, la lutte contre le groupe État islamique) convergent davantage avec les nôtres que ceux de l'Arabie saoudite ou d'Israël, voire de la Turquie ?

Au-delà du discours belliqueux, mais de plus en plus défensif que tient une faction de l'élite au pouvoir, la population iranienne n'en demeure pas moins la plus pro-occidentale et laïque du Moyen-Orient. L'Iran est un des pays les plus modernes du monde en développement et le plus stable de la région.

Si le Canada souhaite vraiment la paix au Moyen-Orient, il ferait bien de susciter la collaboration de l'Iran.

En 2012, l'administration Harper rompait nos relations avec l'État iranien - décision inexplicable, injustifiée et particulièrement inutile. Durant la dernière campagne électorale, Justin Trudeau a promis qu'un gouvernement du Parti libéral rétablirait nos liens diplomatiques avec l'Iran. Le moment nous semble venu pour le Canada de concrétiser cette promesse.

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