Pour les enfants de Kitcisakik

« Ne pas reconnaître le pavillon Notre-Dame-de-la-Route comme pensionnat... (PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE)

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« Ne pas reconnaître le pavillon Notre-Dame-de-la-Route comme pensionnat indien pour les enfants de Kitcisakik, ce serait nous condamner à jamais à vivre avec les traumatismes transgénérationnels des pensionnats », déplore l'auteur.

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Jimmy Papatie

Ancien chef de Kitcisakik, il est maintenant directeur du département des ressources naturelles de la communauté.

Monsieur le premier ministre du Canada, Justin Trudeau,

Mardi, le rapport final sur les pensionnats indiens du Canada a été déposé.

Tout le pays a été ébranlé par les histoires des survivants et par leurs témoignages douloureux. Ces événements tragiques ont eu des impacts transgénérationnels dans nos communautés.

Tous les abus vécus dans ces pensionnats ont été reproduits à l'intérieur de nos communautés ; nous avons atteint un niveau de violence très élevé, nous avons perdu plusieurs des nôtres qui se sont suicidés, et j'en passe.

À Kitcisakik, comme nous n'avions pas le statut officiel de réserve fédérale, nos enfants ont été placés au pavillon Notre-Dame-de-la-Route, à Louvicourt près de Val-d'Or, en Abitibi. Près de 120 de nos enfants y sont restés dix mois par année pendant plus de dix ans pour aller à l'école. À l'intérieur du pavillon, il y a eu de la violence physique, des abus mentaux et sexuels de la part des surveillants et des jeux hypersexualisés entre les enfants.

Aujourd'hui, tous les enfants sont devenus des parents, ils vivent tous les traumatismes transgénérationnels des pensionnats.

En 1985, sous le leadership du regretté chef Donat Papatisse, nous avons lancé un vaste projet ambitieux de reconstruction sociale de notre communauté. Nous savions que 85 % de nos membres avaient connu l'enfer des pensionnats, plusieurs sont revenus chez nous avec un coeur et un esprit brisés.

En 2007, le gouvernement Harper a présenté des excuses au nom des Canadiens, pour le douloureux chapitre des pensionnats indiens, pour ses conséquences humaines sur les enfants des Premières Nations du Canada.

Toutefois, ce même gouvernement conservateur n'a jamais voulu reconnaître officiellement que le pavillon Notre-Dame-de-la-Route était une extension du programme fédéral des pensionnats.

Nos demandes ont été rejetées par les fonctionnaires chargés d'administrer les programmes créés pour dédommager les survivants des pensionnats.

Nos jeunes qui ont connu le pavillon Notre-Dame- de-la-Route demandent justice et équité.

Ne pas reconnaître le pavillon comme pensionnat indien pour les enfants de Kitcisakik, ce serait nous condamner à jamais à vivre avec les traumatismes transgénérationnels des pensionnats. Ce serait inhumain.

Devons-nous entreprendre des actions judiciaires contre le gouvernement du Canada pour nous faire entendre ? Serait-ce tout simplement la fin de la lune de miel à la suite de votre élection ?

Pour une communauté qui a connu de bons résultats à la suite de notre reconstruction sociale depuis plus de 25 ans, reconnaître notre demande constituerait un baume dans la souffrance de nos jeunes aujourd'hui devenus des adultes dysfonctionnels.

N'avez-vous pas dit, M. Trudeau, durant votre campagne électorale, que vous souhaitiez changer la situation des Premières Nations du Canada ? Maintenant, votre gouvernement a la chance de corriger les erreurs du précédent gouvernement.

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