De l'indignation à la surprise

«  La Guignolée, malgré et grâce à toutes... (Photo Edouard Plante-Fréchette, archives La Presse)

Agrandir

«  La Guignolée, malgré et grâce à toutes ses limites, m'a ouvert le coeur et permis de découvrir cette simplicité qui transforme le quotidien, qui chambarde la léthargie routinière et illumine le regard », témoigne l'auteure.

Photo Edouard Plante-Fréchette, archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Élisabeth Beauchamp

Étudiante au collège Marianopolis

Quand j'ai vu les représentants de la Guignolée du docteur Julien, ma première réaction a été plutôt négative. J'ai une immense admiration pour l'oeuvre du Dr Julien ; j'ai eu la chance d'y participer personnellement l'été dernier, en tant que bénévole au CSPE Côte-des-Neiges.

L'oeuvre fait preuve d'une vision globale de l'enfant, de son milieu, de sa santé, de sa famille, de son éducation, une préoccupation pour le bien-être total de la personne que j'ai rarement vu ailleurs et qui m'inspire. Néanmoins, la Guignolée m'a toujours semblé injuste pour les « vrais gens de la rue ».

Ce matin, je marchais sur le chemin de la Côte-des-Neiges et je voyais ces gens-là, des vrais gens, vraiment dans le besoin, qui sont là tous les jours. Personne ne semblait remarquer leur présence, l'attention de tous les passants semblait captivée par ces jeunes filles de milieux aisés qui chantaient des airs de Noël, se balançant au rythme des grelots, pour qui quêter est une histoire d'un jour, un jeu.

Ça me semblait tellement, tellement injuste et indignant.

Je voulais crier au reste du monde, « Regardez-les ! ». J'ai donc commencé à rédiger une lettre. Après avoir couché sur papier quelques lignes, je me suis rendu compte que ce serait probablement plus pertinent d'avoir l'opinion de ces gens-là au lieu de parler à leur place.

Convaincue qu'ils confirmeraient mon intuition, je suis retournée dans la rue les rencontrer et leur réponse m'a coupé le souffle. Quand j'ai demandé à Sylvain et à Anne, deux personnes qui sont là à mendier de manière quotidienne, quelle était leur opinion sur ces gens qui venaient seulement pour une journée, voici la réponse que j'ai reçue : « Ça me dérange pas. C'est pour des enfants pauvres, ils en ont besoin. » J'en suis restée abasourdie.

Moi qui croyais que j'avais tout compris et que j'avais une leçon à donner, je n'avais rien compris. Tout compte fait, la Guignolée du docteur Julien, pour laquelle je n'avais que des préjugés, m'a ouvert les yeux sur une réalité que je ne voyais pas avant.

Ce sont ces gens-là qui, aujourd'hui, m'ont enseigné la vraie charité. Chaque matin, ils font preuve de la plus grande humilité, celle de demander, et ils mettent quand même le besoin des autres avant le leur. La Guignolée, malgré et grâce à toutes ses limites, m'a ouvert le coeur et permis de découvrir cette simplicité qui transforme le quotidien, qui chambarde la léthargie routinière et illumine le regard.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer