Une histoire vraie...

« Je n'ai pas le coeur à vous partager... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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« Je n'ai pas le coeur à vous partager mon conte de Noël cette année. Je préfère vous raconter cette histoire vraie, car elle est teintée de tendresse », confie Céline Tessier. Sur la photo, un témoignage de sympathie à la suite de la découverte des ossements de Cédrika Provencher.

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Céline Tessier

Trois-Rivières

Je l'ai connue en dernière année de notre primaire. Nous avions 12 ans. L'âge de tous les espoirs, des prémisses de notre adolescence, des premières amours, des petits copains qui gravitent autour de nous en espérant bien sûr qu'ils deviennent aussi nos amoureux, nos futurs maris, les futurs pères de nos enfants...

Elle arrivait de Rimouski, une région lointaine de ma ville. Unique fille de sa famille, elle avait deux frères. Descendue à peine dans mon quartier de Normanville, elle venait tout juste d'intégrer notre classe de septième, les plus grandes, les plus fières de l'école, enfin prêtes avant le grand départ pour le secondaire.

Une magnifique chevelure rousse surplombait sa tête, mais plus nous l'observions, plus nous pouvions nous douter de sa différence et de sa santé fragile. Atteinte de poliomyélite, elle avait subi de nombreuses chirurgies. À la récréation, je l'ai rejointe au fond du parc. Brillante, fonceuse et déterminée, elle était un exemple pour moi. Son courage me touchait au plus profond du coeur et je l'admirais ! Nous habitions à quelques rues l'une de l'autre et tout naturellement, nous avions pris l'habitude de marcher ensemble après les cours.

Un jour où elle me présenta ses parents, sa mère m'invita à partager leur repas du soir en me disant que mon amie serait absente plusieurs mois pour subir une autre chirurgie et elle me demanda si je pouvais, après bien sûr avoir demandé la permission à mes parents, lui apprendre mes leçons quotidiennes afin qu'elle puisse réussir cette dernière année du primaire. Ce que j'ai fait avec plaisir.

En revenant le soir à la maison, je m'arrêtais chez elle. Je pris alors le rôle de l'institutrice, avec fierté et assiduité et parfois même avec une pointe de discipline. Au mois de janvier de cette même année, nous savions qu'elle pouvait réussir les examens et se diriger au secondaire. Sa mère m'offrit alors un magnifique coffret de produits de beauté, ce qui me fait encore sourire aujourd'hui, car j'étais trop jeune pour les utiliser. Ma mère en hérita avec le plus grand bonheur !

À partir de ce moment, notre amitié fut indéfectible. Louise apprit la natation, le plongeon, l'équitation et tellement de choses qui me fascinaient. Elle se maria avec Henri, un homme bon et généreux. Ils mirent au monde deux enfants et notre route se croisa régulièrement à cette époque, car nos deux maris se lièrent d'amitié. Un jour, la vie nous sépara momentanément, mais l'amitié entre nous deux demeura intacte. Les anniversaires, les naissances et les décès, nous n'avons jamais oublié. Elle sourit souvent lorsque je lui mentionne que notre rencontre a plus de cinq décennies... Elle n'aime pas mentionner nos âges, mais la vie est ainsi faite de souvenirs heureux qui ont jalonné nos vies.

Ils peuvent, hélas, être parfois aussi cruels.

Elle a vécu une épreuve indescriptible il y a huit ans maintenant. La disparition de sa petite-fille. Un soir de juillet, une journée magnifique où il n'y avait pas de place pour la douleur. Je me rappelle cette journée, et elle sera imprégnée en moi pour toujours. Une douleur innommable les habita à partir de ce jour.

Aujourd'hui, le samedi 12 décembre, après de multiples recherches et une mobilisation sans précédent, l'on vient de confirmer la mort de cette enfant.

Triste, tellement triste que l'on ne peut exprimer, en un seul mot, toute la peine que mon amie, son mari, son fils, sa fille, ses petits-enfants, leur mère et toute sa famille nucléaire et élargie peuvent ressentir, et cela, bien tristement, à quelques jours de Noël.

Le Québec tout entier fut touché par cette disparition et surtout par son dénouement après plus de huit années de vaines recherches.

Une population bien au-delà du Québec est sous le choc. Soulagée, choquée, peinée, ébranlée ; toutes les émotions sont perceptibles.

Je n'ai pas le coeur à partager avec vous mon conte de Noël cette année. Je préfère vous raconter cette histoire vraie, car elle est teintée de tendresse.

Mon amie de toujours, tous et toutes n'avons qu'un seul désir pour toi, pour Henri et pour les tiens : une paix, une douceur au fond de votre âme et de votre coeur, mais aussi l'espoir que cette enfant puisse vous protéger tout au long du chemin à parcourir.

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