Un accord nécessaire, mais insuffisant

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« Paris a également été la consécration de la science du climat sur le climatoscepticisme », indique François Delorme. Sur la photo, des employés démantèlent les installations de la Conférence de Paris.

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François Delorme

Chargé de cours en économie de l'environnement à l'Université de Sherbrooke

Le monde diplomatique est en liesse, la classe politique plastronne et même certains groupes écologistes jubilent. L'Accord de Paris sur le climat est indubitablement historique et représente un pas inédit dans la décarbonisation de la planète.

Et il faut bien l'admettre, ce n'est pas tous les jours qu'on arrive à mettre 196 nations d'accord - sur quoi que ce soit d'ailleurs. De surcroît quand il s'agit de la réduction du réchauffement climatique à 1,5 degré à terme.

Paris a également été la consécration de la science du climat sur le climatoscepticisme ; ça non plus, ce n'est pas banal. Enfin, l'Accord engage moralement (mais sans compensations financières) les signataires à se soucier des régions plus vulnérables aux changements climatiques comme la Barbade ou les îles Marshall, menacées de disparition par la montée des eaux.

Néanmoins, quand on gratte la surface, l'Accord reste très faible sur de nombreux autres points et beaucoup reste à accomplir.

En voici cinq parmi les plus importants.

1) Pas d'outils concrets pour concrétiser l'accord. On parle d'un réchauffement « bien en deçà de 2 °C », suivi d'une mention à un objectif idéal de 1,5 °C. Un objectif théorique qui sera vraisemblablement impossible à respecter, ne serait-ce que parce qu'aucun objectif global chiffré de réduction des GES n'a été spécifié dans l'accord. De plus, si on tient compte des GES émis depuis la révolution industrielle et de tous ceux que les États signataires ont prévu de rejeter d'ici 2020 et 2030, la température pourrait se réchauffer de près de 3 °C.

2) Pas de prix sur le carbone. On espérait beaucoup pour qu'enfin le principe de mettre un prix sur le carbone soit entériné. Les plus grands représentants du secteur privé comme Merrill Lynch le considéraient pourtant comme absolument essentiel à la solution globale. Pourtant, toute référence spécifique à une taxe sur le carbone ou encore à une Bourse du carbone comme mesure d'atténuation a disparu au cours des négociations.

3) Pas de véritables sanctions pour les pays délinquants. Les pays signataires s'engagent à plafonner leurs émissions de GES « dès que possible », mais sans échéances et sans cibles. Chaque pays est libre de fixer ses propres objectifs de réduction de GES. Il n'y a donc pas de sanctions explicites pour les pays qui ratent des cibles qui n'existent pas.

4) Révision tous les cinq ans à partir de 2023. C'est un premier bilan qui arrive trop tard. S'il fallait alors rectifier le tir, les correctifs commenceraient à être appliqués, par exemple, en 2026. Pour les scientifiques, ce sont les cinq prochaines années (ou, au pire, les 10 prochaines années) qui sont cruciales pour limiter la hausse de température à 2 °C.

5) Exportation de la pollution. L'accord permet toujours aux pays industrialisés de réduire leurs GES en dehors de chez eux, notamment dans les pays en voie de développement.

Alors mi-figue, mi-raisin et insuffisant, l'Accord de Paris ? Le manque de mesures concrètes, en particulier liées au prix de la pollution, et l'absence d'une feuille de route avec des échéances précises en ce qui concerne les réductions chiffrées de GES nous mènent malheureusement à une telle conclusion.

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