Une responsabilité partagée

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« Les niveaux d'émission de CO2 sont très différents d'un pays à l'autre et en grande partie corrélés au niveau de vie des individus », expliquent les auteurs.

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Du 30 novembre au 11 décembre se tiendra à Paris la Conférence internationale sur le climat, mieux connue sous le vocable « COP21 », dont l'objectif principal est d'arriver à un accord pour réduire la production de gaz carbonique (CO2) issu de la combustion des énergies fossiles, et limiter ainsi l'augmentation de la température à un maximum de 2 oC.

Il est souhaité que les engagements pris soient contraignants et concernent tous les pays, petits et grands émetteurs, pays riches et pays pauvres. Ces derniers sont ceux qui émettent le moins de gaz et paradoxalement ce sont leurs populations qui sont les premières victimes des effets de l'accroissement des températures. Les négociations en cours tentent de mettre sur pied un Fonds spécial pour ces pays à la fois pour les aider à faire face aux effets des changements climatiques et pour mettre sur pied leurs propres mesures de réduction de leurs émissions, même si elles sont faibles.

INÉGALITÉ DANS LES ÉMISSIONS DE CO2

Les niveaux d'émission de CO2 sont très différents d'un pays à l'autre et en grande partie corrélés au niveau de vie des individus. La Chine est actuellement responsable de 27,5 % des émissions de CO2 les États-Unis de 14,5 % et le Canada de 1,4 %. Cependant, il est plus significatif de tenir compte du nombre d'habitants très différent selon les pays : le rejet de CO2 par habitant est de 16 tonnes par an aux États-Unis, de 14 tonnes au Canada, de 7 tonnes en Chine et de seulement 0,1 tonne dans les pays les plus pauvres, et la moyenne mondiale est de 6 tonnes. Pire encore, selon les économistes Thomas Piketty et Lucas Chancel, les 1 % des individus les plus riches d'Amérique du Nord rejettent 200 tonnes par an, soit 2000 fois les émissions individuelles des 10 % les plus pauvres d'Afrique !

LES PLUS PAUVRES, LES PREMIÈRES VICTIMES

Ce sont pourtant les populations des pays les plus pauvres qui sont et seront les plus touchées par les effets des changements climatiques. La Banque mondiale vient de publier un rapport à ce sujet et démontre que les changements climatiques risquent d'ici 2030 d'entrainer sous le seuil de pauvreté plus de 100 millions de personnes supplémentaires, qui s'ajouteraient au milliard vivant déjà dans cette situation. Ainsi, la tendance positive de réduction de la pauvreté observée ces 10 dernières années risque d'être inversée, rendant caduque une partie des objectifs du développement durable, adoptés par l'Assemblée générale des Nations unies.

Les plus touchés sont et seront les agriculteurs des pays pauvres, directement sujets aux catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes : grandes sécheresses et fortes inondations. Au-delà des agriculteurs, la majorité des communautés des pays pauvres seront touchées du fait de hausses importantes des prix des denrées alimentaires induites par la diminution de la production. De plus, ces mêmes personnes souffriront davantage de paludisme et d'autres maladies aggravées par les phénomènes climatiques extrêmes.

FONDS MONDIAL POUR LES PAYS PAUVRES

Les négociations en cours incluent la mise sur pied d'un Fonds de 100 à 150 milliards de dollars US par année pour les pays pauvres pour les aider à minimiser les impacts des changements climatiques et à se doter de mesures pour réduire leurs propres émissions de CO2, même si celles-ci sont faibles. La mise sur pied du Fonds est une condition indispensable pour que les pays pauvres ratifient l'accord en préparation.

Pour l'instant, les pays riches ne se montrent pas particulièrement empressés à contribuer, même s'ils sont responsables des impacts négatifs. Une des craintes manifestée par les pays pauvres est que les fonds qui seront promis ne soient jamais versés, comme cela est arrivé trop souvent à d'autres occasions, ou que les montants soient ceux déjà prévus dans l'Aide publique au développement (APD) au lieu d'être additionnels.

Les économistes Piketty et Chancel proposent plusieurs scénarios innovateurs pour approvisionner un tel Fonds, basés sur l'hypothèse de faire contribuer surtout ceux qui émettent le plus de CO2, sur le principe du « pollueur-payeur ». Un premier scénario consistant à faire payer ceux qui émettent plus que la moyenne mondiale par habitant, amènerait l'Amérique du Nord à contribuer pour 37 %, l'Union européenne pour 20 % et la Chine pour 15 %. Un deuxième scénario consistant à faire contribuer les 1 % d'individus qui émettent le plus amènerait la part de l'Amérique du Nord à 57 %, de l'Union européenne à 15 % et de la Chine à 6 %. Enfin, ils envisagent un scénario où le Fonds serait alimenté par une taxe sur les billets d'avion : 20 $ US pour la classe économique et 160 $ US pour la première classe. Une telle taxe seulement permettrait de recueillir plus de 150 milliards de dollars US par an.

Dans l'hypothèse où les négociations actuelles aboutissaient à un accord acceptable, la vigilance des citoyens, des communautés et des organisations de la société civile sera essentielle pour que les États appliquent réellement les mesures entendues, ce qui nécessitera aussi des changements dans nos modes de vie aux niveaux individuel et communautaire.

* Nigel Martin, Yves Pétillon, Mario Renaud et Pierre Véronneau (anciens directeurs généraux du Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI) ; du Centre d'étude et de coopération internationale (CECI) ; de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) et d'OXFAM-Québec)

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