Donnons aux enfants ce que nous avons de meilleur

« Ce qui m'inquiète aussi, c'est de voir comment... (PHOTO THINKSTOCK)

Agrandir

« Ce qui m'inquiète aussi, c'est de voir comment nous, Occidentaux gâtés par la vie, ne faisons parfois pas plus de place à nos enfants dans notre société », confie l'auteure.

PHOTO THINKSTOCK

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Isabelle Lévesque

Directrice générale de la Fondation du Centre jeunesse de Montréal

En ce 20 novembre, Journée mondiale de l'enfance, nous soulignons l'adoption en 1989 de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant qui déclare que « l'humanité doit donner à l'enfant ce qu'elle a de meilleur ». Force est de constater que, jusqu'à maintenant, l'humanité ne remplit pas sa promesse.

Partout dans le monde, les enfants sont victimes de la folie des hommes, de la violence, du désir de revanche. Ils sont les innocentes victimes des peurs, des incompréhensions et du ressentiment des adultes. Ils sont traités comme de la marchandise négligeable, de petites choses qui n'auraient aucun poids, aucune voix, aucune souffrance. Bref, aucun droit.

Ce qui m'inquiète aussi, c'est de voir comment nous, Occidentaux gâtés par la vie, ne faisons parfois pas plus de place à nos enfants dans notre société.

Il n'est pas nécessaire d'aller très loin pour constater que bien des adultes privent les enfants de leur voix, de leurs droits, de leur existence.

Ici, au Québec, des enfants vivent au quotidien une précarité éprouvante et grandissent dans une extrême vulnérabilité. La situation est telle, parfois, qu'elle crée pour l'enfant une situation très risquée. L'an dernier, tous les jours, 238 enfants étaient signalés à la protection de la jeunesse (86 861 au total) parce que leur situation était tellement inquiétante qu'on craignait pour leur sécurité ou leur développement.

Et puis, il y a les autres... ceux qui sont laissés à leur misère parce qu'il est plus facile parfois de fermer les yeux que de voir leur détresse, ceux qui vivent au sein de familles ou de communautés qui hésitent à demander de l'aide parce qu'ils ont honte ou parce qu'ils ont peur, parce qu'ils ignorent qu'une aide est possible...

De nombreuses personnes ne se sentent pas concernées par ces enfants, pensant que ces situations n'arrivent qu'aux autres. D'autres ont un grand coeur pour les enfants de l'étranger, mais jugent très vite les familles autour d'elles qui auraient plutôt besoin de leur bienveillance. Savent-elles que personne n'est à l'abri d'une dépression majeure ou d'une perte d'emploi subite ? Ou encore de constater que, malgré tout l'amour que vous lui avez donné, votre adolescent est sur la mauvaise voie et que vous vous retrouvez complètement démuni, sans savoir vers qui vous tourner. Ces situations peuvent arriver à tout le monde, dans toutes les « bonnes » familles, peu importe votre profession et le quartier où vous habitez.

Nous sommes tous humains. Et à ce titre, nous faisons des erreurs. Mais l'humain est ainsi fait que, devant l'erreur, il juge, il condamne. Lui-même et les autres. Alors que si nous acceptions d'ouvrir nos oeillères, de porter un regard bienveillant, de chercher à comprendre ce qui nous semble inacceptable, bref d'aimer soi et l'autre pour ce qu'il est plutôt que pour ce que nous voudrions qu'il soit, nous ne nous sentirions plus aussi isolés et seuls quand ça brasse. Et nos enfants en sortiraient gagnants, puisque des adultes bienveillants, forts, appuyés par un réseau d'entraide, les entoureraient et se porteraient garants de leur sécurité et de leur développement.

Pour être en mesure d'offrir à nos enfants ce que nous avons de meilleur, encore faut-il nous engager individuellement à être la meilleure version de nous-mêmes. Alors seulement, nous pourrons mettre nos peurs de côté et ouvrir grands nos oreilles et notre coeur pour les écouter. Leur laisser l'espace pour s'exprimer, que ce soit par leurs paroles, leurs actions et leurs choix. Accepter qu'ils ne sont pas nous, qu'ils ont leur identité propre et qu'ils feront leur chemin par eux-mêmes. Je crois profondément que nous avons souvent plus à apprendre de nos enfants qu'ils ont à apprendre de nous ! Il suffit pour cela de développer notre humilité et notre empathie.

Alors que la période des Fêtes commence, n'oublions pas l'essentiel dans notre course folle à la consommation.

Prenons le temps d'écouter les enfants et les adolescents qui nous entourent et léguons-leur ce qu'il y a de mieux.

Pas seulement le dernier jouet à la mode, mais plutôt amour, sécurité et intégrité.

Vous me direz que je suis une utopiste. Je vous dirai que je crois que nous portons en nous le potentiel de changer les choses. Individuellement, en changeant le regard que nous portons sur nous-mêmes et sur les autres pour devenir la meilleure version de nous-mêmes. Collectivement, en offrant à la génération qui nous suit les outils qui lui permettront de devenir des adultes aimants et bienveillants, qui contribueront à créer un monde meilleur et plus humain.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer