Lettre au maire Coderre

«  Les déchets voyagent loin, M. Coderre, je... (PHOTO RYAN REMIORZ, LA PRESSE CANADIENNE)

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«  Les déchets voyagent loin, M. Coderre, je peux vous en assurer, car j'ai moi-même vu des sacs d'épicerie en plastique en plein milieu de l'Atlantique, à des centaines de milles de toute terre », écrit l'auteur.

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Augustin Desmeules

Ingénieur, détenteur d'un MBA, Trois-Rivières

Cher maire Coderre,

Vous avez maintenant commencé à déverser vos égouts dans le fleuve Saint-Laurent. Cela m'inquiète énormément. Non pas que vos déjections momentanées et celles de vos concitoyens soient un affront si terrible à la santé du fleuve, mais que vous n'utilisiez à peu près aucun moyen d'atténuation et surtout, surtout, aucun dispositif pour retenir tous les déchets solides qui se retrouveront dans l'eau et qui dériveront au gré des courants.

J'habite en aval de Montréal. Assez loin en aval, en fait. À Trois-Rivières, et plus précisément à Pointe-du-Lac, à la fin du lac Saint-Pierre. Mais ce n'est pas encore assez loin pour que vos surverses y passent inaperçues puisque l'odeur y est perceptible lorsque de tels événements arrivent. C'est donc dire que cette centaine de kilomètres n'est pas grand-chose, malgré tout le potentiel de dilution qu'on attribue au fleuve.

Ce vendredi, j'ai prévu aller patauger dans le fleuve avec des caméras, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec votre déversement. Probablement que vos cochonneries n'auront pas encore eu le temps d'y arriver, mais vous pouvez être sûr que moi et mon équipe, nous nous désinfecterons précautionneusement quand même, histoire de rendre notre travail un peu moins inquiétant.

Non, ce qui m'inquiète, ce sont toutes les matières solides qui flotteront et qui descendront le courant. Préservatifs, emballages plastifiés de toutes sortes, serviettes sanitaires, seringues souillées, etc. Avez-vous estimé combien de kilos, ou de tonnes (20 tonnes chaque jour, dit-on ?), de matières solides accompagneront les eaux de vos égouts ? Avez-vous réfléchi jusqu'où iraient ces déchets ? Ils peuvent se rendre jusqu'à l'océan, M. Coderre. Savez-vous que le plastique dans l'eau est un problème écologique planétaire majeur ? Et savez-vous combien de temps prend du papier de toilette à se décomposer dans l'eau ? Deux à quatre semaines. Combien de temps pour une serviette sanitaire ? Entre quelques mois et quelques dizaines d'années.

Combien de temps pour une couche jetable ? 450 ans. Combien de temps pour une seringue en verre ? Plusieurs centaines d'années.

Mais avant d'arriver dans la Grande Bleue, beaucoup de ces déchets s'échoueront sur les berges. Et le problème ne concerne pas uniquement les berges à proximité de Montréal. Il concerne tout le fleuve. Viendrez-vous faire l'inspection de ma plage, M. Coderre ? Celle où je patauge d'innombrables fois à chaque été avec mes trois jeunes enfants ? Et je ne vous attends pas qu'au mois de juin 2016, non, je vous attends après chaque crue importante, et après chaque débâcle... pour les 450 prochaines années, puisque tout se fait maintenant dans une optique durable.

Ce qui s'échouera à quelques kilomètres de son point de déversement aura tout le loisir de reprendre le courant à la faveur d'une crue, ou bien à la débâcle, entrainé par les glaces qui l'auront fait prisonnier. Les déchets voyagent loin, M. Coderre, je peux vous l'assurer, car j'ai moi-même vu des sacs d'épicerie en plastique en plein milieu de l'Atlantique, à des centaines de milles de toute terre.

Ainsi, ma plage, et nulle plage le long du fleuve, n'est à l'abri de vos cochonneries. Et nous parlons bien de cochonneries. Car vos égouts n'ont rien à voir avec les rejets de fosses septiques domestiques défectueuses. Vos cochonneries contiennent quantités d'éléments dangereux pour la santé et la sécurité.

Vous pouvez être sûr que si je trouve une seringue sur ma plage, je vous l'enverrai bien encadrée dans un tableau pour que vous l'affichiez bien en évidence dans votre bureau, question de démontrer à vos concitoyens que vous privilégiez leur compte de taxes face à la sécurité de gens qui semblent trop loin pour vos capacités d'analyse, ou tout simplement trop loin pour vous en soucier. Mais je vais vous faire une fleur. Vous pourrez la faire suivre au ministre de l'Environnement, question de souligner son incompétence et son incapacité à faire son job.

Et si quelqu'un se blesse sur pareil objet, une poursuite en bonne et due forme vous coûtera plus cher que les deux ou trois cents mille dollars que des dispositifs d'interception vous auraient coûtés. Si c'est ce que vous appelez une décision responsable, j'aimerais bien savoir ce qui n'en n'est pas une.

Et avoir le culot d'affirmer que ce déversement aura l'effet bénéfique de sensibiliser les gens, ça, c'est proprement écoeurant.

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