C'est maintenant que le travail commence

Navdeep Bains, le nouveau ministre de l'Innovation, des... (PHOTO CHRIS WATTIE, REUTERS)

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Navdeep Bains, le nouveau ministre de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique, tient un exemplaire du formulaire long du recensement.

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Richard Shearmur

École d'urbanisme de McGill

Un des premiers gestes du gouvernement Trudeau a été de restituer le formulaire long du recensement. Ceci est une très bonne nouvelle pour les municipalités, les PME, les chercheurs, les ministères, les sondeurs et autres personnes qui tentent de comprendre l'évolution de la société canadienne afin de prévoir et planifier.

Cependant, et malgré l'euphorie qui entoure cette décision (en particulier) et le nouveau gouvernement (en général), il est important de souligner que la simple restitution du formulaire long ne va pas défaire les dommages causés par la décision de M. Harper en 2010. Il faut se souvenir que le formulaire long a été aboli pour des motifs partisans, en prétextant que le gouvernement n'a pas lieu de forcer ses citoyens à fournir des informations à des fins statistiques - argument qui ne tenait pas la route à l'heure de la collecte massive de données par les entreprises privées et par les services secrets. 

La restitution du formulaire long est aussi un acte politique.

Le véritable héritage de M. Harper est donc la politisation du recensement, que celui-ci soit obligatoire ou non. La restitution de l'obligation de répondre ne change rien à ceci : au contraire, la non-réponse au formulaire obligatoire sera un acte politique, une désobéissance civile qui attirera certaines personnes, probablement parmi celles qui ont choisi de ne pas répondre au formulaire facultatif de 2011. Ceci biaisera les données, le biais étant le problème majeur introduit par l'abolition du formulaire long obligatoire.

Que fera le gouvernement fédéral face à ce type de désobéissance ? Une option serait de faire valoir l'obligation de réponse, et de poursuivre les récalcitrants : ceci ne fera que renforcer la portée de leur acte, et donnera raison - certes avec six ans de retard - à M. Harper, qui a aboli le formulaire obligatoire pour empêcher ce type de poursuite (qui n'a pratiquement jamais eu lieu car, avant 2010, le recensement n'était pas politisé). L'autre option est de ne pas poursuivre les récalcitrants : dans ce cas, on revient à un formulaire facultatif, et la restitution du formulaire obligatoire sera sans effet.

Le véritable enjeu qui sous-tend toutes ces manoeuvres est l'obtention de données aussi fiables que possible sur l'ensemble de la population canadienne, calquées sur un maillage suffisamment fin pour permettre de savoir ce qui se passe dans les petites communautés et municipalités. Il s'agit donc non seulement de rendre le formulaire long obligatoire - chose qui a été faite d'un coup de plume hier -, mais d'en expliquer les enjeux et de convaincre les personnes qui hésitent qu'il en va de leur intérêt à long terme et de celui de la société. Le formulaire long est un peu comme un vaccin - fort utile si tout le monde est vacciné, mais qui perd très rapidement en efficacité si quelques personnes décident de le refuser. Comme un vaccin, c'est la société dans son ensemble qui en bénéficie, alors que le coût - certes très minime (quelques minutes de son temps, et une petite piqure ou un formulaire) - est personnel.

Le gouvernement a pris une décision importante, celle de restituer le formulaire long du recensement : c'est maintenant que le vrai travail de reconstruction et de dépolitisation de recensement doit commencer.

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