La fin d'un cycle, vraiment ?

Justin Trudeau de passage à Gatineau, le 12... (PHOTO CHRIS WATTIE, REUTERS)

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Justin Trudeau de passage à Gatineau, le 12 octobre dernier. « Le chef libéral n'a jamais caché son opposition farouche à la reconnaissance de la nation québécoise », écrivent les auteurs.

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Gabriel Arsenault, Julien Gagnon

Doctorant en science politique à l'Université de Toronto ; doctorant en économie à l'Université de Cambridge

Pour la première fois depuis l'échec de l'Accord du Lac Meech, une majorité de députés fédéraux québécois siégeront au gouvernement plutôt que dans l'opposition.

L'ironie veut que ce retour au bercail se fasse sous les libéraux dirigés par le fils de l'homme à l'origine de la crise constitutionnelle devant être résolue par ledit Accord.

Plusieurs fédéralistes interpréteront la vague rouge de 2015 au Québec comme la preuve que les Québécois ont tourné la proverbiale page sur la question nationale.

Déjà, Philippe Couillard salue le déclin du souverainisme et la volonté affichée des Québécois d'embrasser le projet canadien.

L'avenir confirmera peut-être cette hypothèse. Force est pourtant de constater que « l'honneur et l'enthousiasme » ne semblent pas au rendez-vous. Le gouvernement fédéral n'ayant fait aucune concession d'importance, la question nationale demeure objectivement irrésolue.

PRUDENCE

Fondamentalement, deux raisons fortes devraient inviter les fédéralistes québécois à la circonspection.

D'abord, l'attachement identitaire des Québécois au Canada s'amenuise alors que l'identification au Québec se renforce, notamment chez les jeunes et les nouveaux arrivants. En l'absence de grands conflits ouverts entre Québec et Ottawa, cette « décanadianisation » des Québécois ne s'est pas accompagnée d'une augmentation de l'appui à la souveraineté.

Il n'en demeure pas moins que cet attachement fort au Québec pourrait raviver la flamme souverainiste si les Québécois devaient sentir que l'espace québécois au sein de la fédération était compromis. Il ne suffirait que de quelques empiètements symboliques dans les compétences du Québec, peut-être, pour que survienne la « crise parfaite ».

Ensuite, le déclin de l'option souverainiste n'a pas donné lieu à une nouvelle ferveur fédéraliste. Beaucoup de Québécois sont plutôt « agnostiques » quant au statut constitutionnel de leur nation. L'absence de crise intergouvernementale majeure dans les 20 dernières années a diminué la saillance de la question nationale dans le discours public, ce qui en aura sans doute convaincu plusieurs de proposer une main tendue au gouvernement fédéral.

Mais il serait erroné d'interpréter cette main tendue comme une adhésion enthousiaste à la vision libérale du Canada.

Rappelons que malgré sa majorité de sièges, le PLC n'a récolté que 35,7 % des votes au Québec et que plusieurs Québécois ont moins voté pour les libéraux que contre les conservateurs, dont les valeurs sociales leur semblaient repoussantes.

En 2011, plusieurs ont interprété la vague orange comme la conséquence directe de l'ouverture au Québec affichée par Jack Layton. Aucune interprétation de ce genre n'est possible cette fois. Justin Trudeau n'a jamais caché son opposition farouche à la reconnaissance de la nation québécoise et ne considère aucunement comme un problème le fait que le Québec n'ait jamais signé l'Acte constitutionnel de 1982. Pendant la campagne, Trudeau n'a fait aucun effort pour répondre aux revendications traditionnelles du Québec. Il s'est même permis de réitérer son appui haut et fort à la Loi sur la clarté référendaire, marquant des points politiques dans le Canada anglophone au passage.

Espérons que Justin Trudeau abandonne rapidement la vision d'un Canada « mononational » inspirée de son père. Grâce à la main tendue du Québec, il bénéficie d'une occasion inusitée pour renouer le dialogue avec les Québécois quant à leur appartenance au sein de la fédération canadienne. Il devra le faire en abordant sereinement les revendications du Québec, pas en les ignorant.

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