Le ballottage des aînés

« Qui a accompagné un proche dans les méandres... (Photo Ivanoh Demers, archives La Presse)

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« Qui a accompagné un proche dans les méandres de la maladie d'Alzheimer sait fort bien que ce n'est pas le manque de dévouement des intervenants qui fait le plus défaut, mais une rigueur comptable qui plombe sans cesse les moyens et meilleures intentions, démotive le personnel et alarme les proches à tort ou à raison », déplore l'auteure.

Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

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Carole Patch-Neveu

Montréal

Dans un Québec vieillissant, l'idéal est très loin d'être atteint quant au régime de santé et de services sociaux destiné aux personnes en perte d'autonomie et en déclin cognitif, soit de pourvoir avec un constant humanisme à tous leurs besoins en temps opportun.

Qui a accompagné un proche dans les méandres de la maladie d'Alzheimer sait fort bien que ce n'est pas le manque de dévouement des intervenants qui fait le plus défaut, mais une rigueur comptable qui plombe sans cesse les moyens et meilleures intentions, démotive le personnel et alarme les proches à tort ou à raison.

La philosophie du maintien à domicile vise avant tout à retarder l'institutionnalisation (en CHSLD). L'aîné non autonome est catégorisé. Ses besoins sont comptabilisés en fonction des heures de soins et de services requises. Les listes d'attente s'allongent, compte tenu autant de la forte demande que des multiples coupes. Les centres de jour, qui ont su si bien procurer hebdomadairement de précieux moments de stimulation, de socialisation et un répit vital aux proches, sont aujourd'hui une espèce menacée. Et les popotes roulantes ne roulent pas sur l'or...

Puis, du jour au lendemain, une chute sur une hanche survient, mettant fin abruptement à l'apparente liberté, fragilisant la dignité.

L'aîné est soumis au ballottage de notre système de santé. On le soumet à un purgatoire de nature à le déstabiliser, de l'urgence à une microchambre, à un centre de réadaptation, à un lit dit de transition - avec de multiples évaluations, voire étiquetages de sa régression -, puis à l'ultime « milieu de vie ». 

On préférerait qu'il soit le juste milieu entre vie et trépas, le CHSLD. À tous ces stades de la dernière étape, on s'occupe consciencieusement du curatif, en tout respect « des volontés » du patient vulnérable, sans acharnement s'il le faut, mais, nonobstant l'altruisme du personnel et des bénévoles, on demeure plutôt impuissants à le réconforter et à préserver sa dignité jusqu'au bout.

« Mourir, la belle affaire. Mais vieillir... oh vieillir », chantait Brel...

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