Les soldats, entre l'arbre et l'écorce

L'auteur rend hommage aux militaires canadiens qui, « malgré... (PHOTO DENIS COURVILLE, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'auteur rend hommage aux militaires canadiens qui, « malgré un environnement des plus explosifs, ont su rétablir l'ordre et le droit » lors de la crise d'Oka, en 1990.

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Rémi Landry

Lieutenant-colonel à la retraite et professeur associé à l'Université de Sherbrooke

Plusieurs textes ont été publiés sur les 25 ans de la crise d'Oka. Dans la plupart des reportages et témoignages qui reviennent sur ces événements, on a tendance à oublier la trame de cette crise, qui trouve ses origines dans les violents incidents du printemps 1990 à Akwesasne, opposant divers gangs armés mohawks contre les forces policières ontariennes, québécoises, fédérales et américaines, de même que certaines unités des Forces armées canadiennes.

On a aussi tendance à oublier que les réclamations des Mohawks de Kanesatake furent rapidement remplacées par celles de la grande Nation mohawk et les intérêts de certaines de leurs factions.

Les six nations revendiquaient, entre autres, la pleine souveraineté du Kanienkahaka, un territoire chevauchant les frontières du Québec, de l'Ontario et de l'État de New York, accompagnée d'une garantie que la Sûreté du Québec et les autres autorités du Québec n'interviendraient plus dans leurs opérations de jeux d'argent et contre, entre autres, les participants aux bingos de la réserve de Kahnawake. On était bien loin de la protection des terres sacrées de la pinède d'Oka, oubliant que plus de 155 arbres de cette forêt sacrée furent abattus par les Warriors pour la construction de leurs barricades...

Comme militaire, présent à Oka, il me semble que l'on ne donne pas tout le crédit qui revient aux Forces armées sur la façon dont elles ont géré et désamorcé cette crise, qui ressemblait plus à une insurrection armée qu'à une manifestation violente.

Rappelons aussi que leurs moindres mouvements étaient observés et critiqués en direct par le monde entier, et que le plus petit dérapage aurait pu facilement dégénérer en un bain de sang.

On évite aussi de rappeler que ces défenseurs de la Nation mohawk, les Warriors, étaient armés de fusils d'assaut, que plusieurs de leurs membres avaient un passé militaire et provenaient de l'extérieur du Québec, dont certains avec un lourd passé criminel, et que la sécurité de plusieurs citoyens était compromise. Sans compter que plusieurs de ces Warriors, ainsi que leurs armes, provenaient d'Akwesasne.

Certes, la discipline des militaires, illustrée par le geste immortalisé du caporal Cloutier, fut sans doute à la base du succès que connut l'Opération Salon, le tout associé à une chaîne de commandement qui était pleinement consciente des conséquences irréparables que le moindre dérapage aurait pu créer. Succès d'ailleurs qui ne fut jamais pleinement reconnu, de peur de contrarier les Warriors et la Nation mohawk.

Les Warriors ont éventuellement signé une reddition qui octroya à Kanesatake une partie de ses revendications. En plus de n'avoir pas eu à payer les dommages causés aux biens publics, les Warriors ont pu brûler en toute impudence leurs armes afin d'effacer toutes preuves des crimes commis, et les autorités ont laissé certains d'entre eux s'enfuir des lieux.

Faut-il aussi rappeler que les Warriors n'ont que rarement respecté leurs engagements ? Rappelez-vous la soirée du 26 septembre, alors que tout devait se faire discrètement et pacifiquement, ils ont fait une sortie canon avec femmes et enfants devant les caméras, pendant que les hommes se faufilaient derrière. Et que dire des militaires qui se firent bousculer tout au long de cette crise, et dont certains en portent encore les cicatrices ? Ce n'étaient après tout que des soldats !

De simples soldats qui durent prendre la relève d'un échec politique faisant suite à des années de procrastination et d'une opération policière qui a mal tourné. De simples soldats qui, malgré un environnement des plus explosifs, ont su rétablir l'ordre et le droit. Cette opération ne fut nullement contre les Autochtones, mais bien contre des individus qui s'étaient approprié le droit de dicter l'ordre. Malheureusement, ce n'est pas ce que l'Histoire retiendra de cet été des Indiens.

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