Comment enseigner ces événements ?

L'auteur explique comment et pourquoi on devrait enseigner... (PHOTO PIERRE MCCANN, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'auteur explique comment et pourquoi on devrait enseigner la crise d'Oka aux étudiants québécois.

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Pierre Trudel

Chargé de cours UQÀM, membre de la Chaire de recherche du Canada en études québécoise et canadienne

Après l'échange de coups de feu entre la Sûreté du Québec et des Mohawks armés à Oka, selon le langage onusien, des « belligérants » ont empêché l'État canadien d'avoir un contrôle effectif sur une portion de « son » territoire. À partir du 11 juillet, les parties armées se sont renforcées ; et cela s'est maintenu 78 jours à Kanesatake et 50 jours à Kahnawake.

Comment enseigner cet épisode de notre histoire ? Avec quelle « vérité » ? À mon avis, on doit commencer par relever que nos institutions et notre culture politique nous ont fait éviter le pire. Après le 11 juillet, des leaders spirituels et des médiateurs non armés autochtones ont oeuvré à la discipline et à la retenue du côté des Guerriers (Warriors). La Sûreté du Québec a respecté son protocole d'intervention devant des gens armés, soit encercler et négocier, ce qu'elle n'avait pas fait le 11 juillet, selon l'enquête du coroner sur la mort du policier Marcel Lemay qui a aussi conclu qu'elle n'aurait pas dû intervenir, cette journée-là.

Les Forces armées, quant à elles, n'ont pas attaqué par surprise ; elles ont plutôt annoncé les mouvements des troupes, tout en informant que ses soldats avaient ordre de ne pas tirer en premier et de faire usage d'un minimum de force. Manifestement, elles ont aussi négocié la réouverture du pont Mercier.

Deuxièmement, évitons de se retrouver avec des mémoires collectives divergentes qui rendent impossible le dialogue. Par exemple, dans une certaine version non autochtone, impossible de cerner ce dont il est question. Un golf, un cimetière, des terres sacrées... Mais surtout, des Warriors menaçants, illégaux et déraisonnables. L'usage du terme anglais donne un caractère étranger à ces Guerriers mohawks. L'image du sauvage qui brûle des missionnaires est remplacée par celle d'un Mohawk masqué, brandissant une arme sur une voiture renversée de la Sûreté du Québec. Dans les deux cas, la civilisation ou l'ordre établi sont nettement menacés.

Tandis que dans le récit historique de certains Autochtones, une barricade pacifique arrête des pilleurs de tombes qui s'attaquent à un cimetière et à des terres sacrées. Tous les moyens pacifiques et juridiques ont été épuisés et il ne reste plus que des armes pour se défendre contre ces colons blancs d'Amérique. Rien n'a changé, et rien ne changera jamais.

***

Il est important d'enseigner les faits qui mènent à la crise. En 2008, le gouvernement fédéral a reconnu qu'il n'a pas respecté un jugement du Conseil privé de Londres de 1912 sur le droit des Autochtones. Il reconnaît qu'il aurait dû empêcher, entre autres, vers 1930 et 1960, la vente par les Sulpiciens de terres de la commune de l'ancienne seigneurie. Des négociations ont cours présentement à ce sujet.

C'est sur ces terres que devaient se construire 50 habitations - le véritable enjeu de la crise - et l'agrandissement du golf, voulu par la municipalité. Il est simple d'expliquer qu'habituellement, une «réserve indienne» n'est pas constituée strictement de terres sur lesquelles habitent des Autochtones. Kanesatake n'a jamais été une réserve, ce qui a facilité la vente des terres. Pour cette raison, dans les années 80, le fédéral projetait d'agrandir son assise territoriale. Précisément, en juillet 1990, l'enjeu était que le projet de développement s'opposait à celui du fédéral, qui visait à redonner leurs terres communautaires aux Mohawks, dont la Cour leur avait reconnu les droits en 1912.

Afin de mieux participer à construire nos mémoires collectives respectives, les enseignants devraient aussi pouvoir expliquer l'armement progressif de Mohawks à la barricade. Pourquoi affirme-t-on que les négociations n'étaient pas honnêtes ? Pourquoi avoir conclu que l'opposition pacifique, y compris la désobéissance civile, ne suffisait plus ? L'injonction obtenue par la municipalité d'Oka donnait l'ordre de rendre l'accès libre dans « un parc municipal d'Oka », mais insistait aussi sur le fait que cela ne donnait pas le « feu vert » au développement.

Si les négociations ne donnaient pas de résultats, le Conseil de bande envisageait de demander une injonction contre le projet. L'admission récente du gouvernement fédéral quant à son manquement à sa responsabilité fiduciaire laisse croire qu'une telle injonction aurait pu être émise. Point n'est question ici de refaire l'histoire. Dans nos classes, cependant, enseignants mohawks et québécois devraient être en mesure de susciter une discussion éclairée à ce sujet. Deux jours avant la crise, le maire d'Oka et les gens de la barricade refusent de rencontrer le ministre Ciaccia, qui a en main une proposition de la Commission des droits de la personne du Québec qui vise à désamorcer la crise. Pourquoi ces refus ?

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