Les primes me dépriment

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«  S'il y a un but sur lequel tous devraient s'entendre, c'est celui que l'école se doit de tout mettre en oeuvre pour que les élèves puissent, un jour, choisir et se préparer à un travail qui les passionnera et qui permettra à la société de fonctionner harmonieusement », avance l'auteure.

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Lucie Hébert

Enseignante au primaire, Saint-Jean-sur-Richelieu

Permettez-moi de prendre mon café du matin avec vous. Je suis enseignante au primaire depuis 35 ans et ce sera, dans quelques jours, ma dernière fin d'année.

J'encourage quotidiennement, et ce, plusieurs fois par jour, mes élèves de sept ans à faire de leur mieux, à s'appliquer à ce qu'ils font pour en être fier. L'école sert à ouvrir des horizons, à permettre aux enfants de découvrir et de se connaître davantage. S'il y a un but sur lequel tous devraient s'entendre, c'est celui que l'école se doit de tout mettre en oeuvre pour que les élèves puissent, un jour, choisir et se préparer à un travail qui les passionnera et qui permettra à la société de fonctionner harmonieusement.

Je dis donc à mes élèves de sept ans qu'ils auront, un jour, le choix de faire le travail qu'ils voudront. Je leur dis aussi qu'ils n'auront cependant pas d'autre choix que d'être les meilleurs. J'ajoute que j'aime toujours choisir, comme les gens que je côtoie, d'ailleurs, la meilleure coiffeuse, le meilleur pâtissier, la meilleure orthopédiste, le meilleur comptable... et ils trouvent mes choix bien sensés.

Mes premiers élèves ont maintenant 46 ans et je souhaite de tout coeur qu'ils soient encore aussi enthousiastes et passionnés au travail et dans leur vie.

Lorsqu'il y a négociations de salaires dans un secteur où l'on offre des « services » payés par les deniers publics, cela m'amène immanquablement à la même réflexion : « Je ne peux vraiment pas comprendre que l'on doive offrir des primes au rendement. »

À part le fait que cela permette de donner des salaires plus alléchants sans devoir afficher clairement ce qu'il en est... À part de donner le loisir de favoriser certaines personnes ou une certaine classe de gens sans devoir le dire ouvertement... À part pouvoir dire, sans scrupules, que tout le groupe a reçu le même traitement... Je ne comprends pas.

RÉFLÉCHIR AUX SALAIRES

Je ne gère pas des millions, je ne joue pas avec de gros chiffres quotidiennement, mais j'ai réfléchi sur la réussite et ses rouages durant ma carrière en plus d'avoir participé à l'élaboration d'une assez bonne quantité de projets pour comprendre certains systèmes. Je ne vois toujours pas comment il pourrait y avoir des primes au rendement en éducation, en santé ou dans n'importe quel domaine où l'humain doit recevoir un service sans que cela apporte son lot de zones grises. 

Quand on met l'emphase sur X, il arrive que l'on doive négliger Y. Quand on s'attend à ce que X nous éblouisse et qu'on ne veut pas perdre la face, on peut être prêt à tout. Quand on surcharge X pour sauver des sous, Y et Z s'embourbent et tout le monde éteint des feux.

Quand X tombe d'épuisement, on vient de perdre.

Je suis d'avis que l'attrait du salaire aide à recruter des gens de qualité. Vous aurez compris que la prime me déprime, mais j'ajoute que les salaires doivent être mieux réfléchis et, surtout, revus le plus rapidement possible dans le but de reconnaître à leur juste valeur les responsabilités, la lourdeur de la tâche et toute l'implication attendues. 

De cette façon, il sera donc clair pour tous que la personne en poste, dans quelque secteur que ce soit, fera tout ce qui est en son pouvoir pour que le rendement soit maximal.

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