Réflexions sur la surfacturation

Accidenté de la route, l'auteur se demande pourquoi... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

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Accidenté de la route, l'auteur se demande pourquoi on lui a demandé de passer de nombreuses radiographies si ce n'était pas nécessaire pour son traitement.

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Doria Ross

Saint-Lambert

À la suite d'un grave accident de la route, j'ai eu l'occasion de rencontrer des spécialistes. Trois m'ont avoué qu'un des problèmes des coûts de la santé, c'était la surfacturation. Voici deux exemples.

Je souffrais d'une fracture de la cinquième lombaire. Une neurochirurgienne de l'hôpital Charles-Lemoyne vint m'expliquer qu'elle pratiquerait une intervention chirurgicale en prélevant de petits morceaux d'os sur le fémur. Je refuse. Je ne veux pas d'opération et demande mon transfert à Sacré-Coeur, croyant naïvement qu'on pouvait me traiter autrement. 

Là, un traumatologue hautement spécialisé vint m'apprendre que, compte tenu des nouvelles connaissances dans ce domaine et de la nature de mon traumatisme, on pouvait me traiter avec un corset. Ce qui fut fait. Mais ce spécialiste fut accusé de ne pas s'être mêlé de ses affaires et écopa d'une suspension de trois semaines de pratique, à cause d'une récidive, même s'il m'avait épargné une opération en plus d'épargner de l'argent à l'État.

***

À mon premier rendez-vous pour le suivi médical, une préposée m'indique qu'on m'a prescrit une radiographie. Je refuse sous prétexte que mon corps a déjà assez absorbé de rayons X. Elle indique sur le papier, en bougonnant, « le patient refuse la radiographie ».

Je me présente devant le médecin traitant, qui se met à rire : « Ah, vous avez refusé la radiographie ? » « Oui, je réponds, pour protéger mon corps. » Il ajoute : « De toute façon, ce n'était pas nécessaire. » 

En effet, il ne l'avait pas prescrite. Mais qui l'a fait ?

Plus tard, je rencontre un médecin de la SAAQ pour évaluer des séquelles possibles. Il m'avise que je dois passer une radiographie. En fait, c'est toujours trois radios qu'on prend. Je répète que je n'en veux pas. Il insiste en m'expliquant qu'il en a besoin pour rédiger son rapport. « D'accord, lui dis-je. Mais une seule. » C'est ce qu'il me prescrit.

Je me présente au centre de radiologie, de l'autre côté de la rue. La technicienne s'inquiète : « Monsieur, c'est trois radios qu'on doit prendre ». Je réagis : « La prescription en indique une seule. Pourquoi trois ? » « C'est ce que le radiologiste exige pour les interpréter », explique-t-elle. Je rétorque : « De quoi il se mêle, celui-là ? [Il était juste à côté, dans une autre pièce.] Le médecin qui m'a prescrit cette radio a la compétence pour l'interpréter. »

On téléphone au médecin de la SAAQ, en racontant mes frasques, qui confirme sa prescription. La technicienne revient vers moi : « Si je manque mon coup ? », dit-elle. Je rétorque, à la limite de l'insolence : « Madame, si vous n'êtes pas compétente, donnez votre place à une autre ». Elle prend la radio et me dit d'un air triomphant : « Voilà, monsieur. C'est réussi ». Félicitations, madame !

Je retourne vers mon médecin qui m'accueille en rigolant : « Vous avez brassé la cage ». Il m'explique que le radiologiste est rémunéré pour l'interprétation de chaque radio. Il arrive, dit-il, que des radiologistes rédigent leur rapport bien après que le patient eut quitté l'hôpital, pour être payé.

Une enquête sur ce genre de pratiques pourrait peut-être révéler des surprises...

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