Sortir de la SAQ

« Au-delà du Québec, les microdistilleries de l'Ontario réclament... (PHOTO YVES HERMAN, ARCHIVES REUTERS)

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« Au-delà du Québec, les microdistilleries de l'Ontario réclament elles aussi que le gouvernement provincial leur confère les mêmes libertés accordées à l'industrie de la bière, du cidre et du vin », indique Tom Kott.

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Tom Kott

Consultant chez HATLEY Conseillers en stratégie, Montréal

Depuis son arrivée à Montréal en 2010, la conférence C2MTL est rapidement devenue une Mecque pour les innovateurs des quatre coins du globe. C'est ainsi qu'un vent de renouveau souffle, chaque année, sur une ville qui peine pourtant à évoluer au même rythme effréné que le reste de la planète.

La conférence elle-même illustre une grande ironie, car son succès est en partie attribuable à un immense soutien financier gouvernemental. Or, la conférence révèle involontairement à quel point Montréal et le Québec en entier sont handicapés par la lourdeur bureaucratique de la province.

Par exemple, l'an dernier, Absolut a dévoilé son désir de permettre aux consommateurs de s'approprier leur vodka. L'entreprise, souhaitant que les gens découvrent les saveurs locales, a embauché des producteurs locaux afin qu'ils puissent établir des distilleries dans quatre villes à travers la planète. Regroupés sous la marque Our/Vodka, ils utilisent de l'eau de source locale et des céréales produites localement afin de produire une vodka issue du terroir. Le concept est si populaire que l'entreprise compte s'établir dans sept autres villes. Malheureusement, Montréal ne fait pas partie de la liste.

À l'heure actuelle, les distilleries québécoises ne peuvent vendre leurs propres produits qu'à la SAQ.

Or, le succès de Our/Vodka repose justement sur le fait qu'on peut visiter les installations, goûter aux spiritueux sur place et quitter l'endroit avec une bouteille en main si on le désire.

Les producteurs peuvent aussi former des partenariats avec des commerces locaux et vendre à des bars et restaurants du coin. Malheureusement pour nous, ce genre d'initiative aussi inoffensif que profitable se heurte aux lois archaïques du Québec. Le seul moyen de remédier à ce problème n'est pas nouveau et est bien connu du parti actuellement au pouvoir.

UN INTÉRESSANT PROJET DE LOI

En 2013, alors dans l'opposition, le député libéral Stéphane Billette a déposé le projet de loi 395. L'Assemblée nationale a appuyé unanimement l'étude du projet de loi, mais celui-ci est demeuré lettre morte.

Le projet de loi 395 créerait une nouvelle catégorie de permis pour les distillateurs artisanaux du Québec. Ceux employant des ingrédients locaux auraient le droit de vendre directement aux consommateurs depuis leur distillerie. Ils pourraient aussi vendre leurs produits dans les marchés d'agriculteurs, aux restaurants et même aux épiceries. Cette mesure législative allégerait le fardeau porté par les entrepreneurs et contribuerait à l'essor des économies locales.

PUR Vodka, le commanditaire en alcool officiel de C2MTL, constitue à cet égard un exemple édifiant. Ayant remporté de nombreux prix internationaux pour la qualité de son produit, cette entreprise démontre que le Québec peut fabriquer de la vodka de calibre mondial à partir de produits locaux. Nicolas Duvernois, PDG et fondateur de l'entreprise, voudrait ouvrir une nouvelle distillerie dans le Mile-End, mais peine à justifier les coûts. Il m'a confié que si la loi était modifiée demain, il serait en mesure d'obtenir un prêt de 3 millions pour les nouvelles installations. Mais, pour l'instant, il ne croit pas que le jeu en vaille la chandelle. Le sien n'est qu'un investissement parmi tant d'autres que le projet de loi 395 rendrait possibles.

Au-delà du Québec, les microdistilleries de l'Ontario réclament elles aussi que le gouvernement provincial leur confère les mêmes libertés accordées à l'industrie de la bière, du cidre et du vin. Un producteur ontarien affirme que nombreux sont ceux qui aimeraient mettre sur pied une distillerie artisanale. Pourtant, il n'en existe qu'une demi-douzaine en Ontario, comme c'est le cas au Québec.

C2MTL représente une occasion en or pour le gouvernement de joindre l'acte à la parole. Il ne suffit pas de financer une conférence qui finit inévitablement par mettre de l'avant des idées irréalisables. Pour que Montréal puisse joindre les rangs des villes innovatrices, il doit encourager l'entrepreneuriat. À cet égard, ramener le projet de loi 395 serait un pas dans la bonne direction.

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