L'éducation avant tout

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« La pauvreté engendre parfois de l'animosité envers les intellectuels et une réticence à apprendre des idées novatrices et progressistes », écrit Luc Benoit.

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Luc Benoit

Chargé de cours, Trois-Rivières

Afin que les Québécois acquièrent une relative indépendance d'esprit et de fortune, il importe de réduire les inégalités sociales et économiques s'accentuant au fil des ans, d'une part, à cause de la financiarisation de l'économie, et d'autre part, à cause de l'idéologie populiste véhiculée par les médias.

Sans une réduction de l'écart entre les riches et les pauvres, les enseignants nivelleront l'éducation vers le bas dans le but de satisfaire une population démunie, puis une administration de plus en plus gourmande, car vassalisée par des impératifs financiers.

La pauvreté engendre parfois de l'animosité envers les intellectuels et une réticence à apprendre des idées novatrices et progressistes. Dans les faits, les enseignants se heurtent quotidiennement à l'incompréhension et à la peur du changement. Pour le commun des mortels, la culture est synonyme de divertissement. Or, ça fait trop longtemps que les enseignants redressent les ratés du système en improvisant. Il est temps de créer un plan d'action cohérent qui sortira l'éducation du gouffre.

SIX PROBLÈMES

Dans les établissements postsecondaires, il faut s'attaquer à six problèmes fondamentaux : 

1. Amenuiser les écarts de richesse.

2. Réduire l'illettrisme.

3. Diversifier et rehausser le niveau culturel de la masse.

4. Contrer l'absentéisme scolaire.

5. Établir des profils scolaires.

6. Développer une conscience sociale.

Premièrement, étant donné que nos économies sont transnationales et mondialisées, je vois mal comment un pays ou une province pourrait s'attaquer aux paradis fiscaux. Combattre ce fléau implique la mobilisation et la coopération de plusieurs États. Encore faut-il que la corruption des uns ne freine pas la volonté politique des autres.

Deuxièmement, augmenter le nombre de cours de français et de lecture, car les cerveaux s'affranchissent en lisant, et non en regardant Le Banquier à la télévision.

Troisièmement, encourager l'éducation au lieu du dressage, dans le but de diminuer les effets pervers de l'idéologie populiste sur la population estudiantine.

Quatrièmement, contrer l'absentéisme scolaire. Obliger les étudiants boursiers à assister à leurs cours, quitte à moduler les bourses ou les droits de scolarité en fonction de la fréquence des absences.

Cinquièmement, établir, dans la mesure du possible, des profils permettant aux élèves d'indiquer librement s'ils souhaitent ou non poursuivre des études aux cycles supérieurs. Le but étant de faire prendre conscience aux apprenants que dans une classe, il y a des gens qui souhaitent étudier à la maîtrise et au doctorat, tandis que d'autres préfèrent faire des études professionnelles menant rapidement au marché du travail.

Sixièmement, créer des départements de sociologie, d'études politiques et d'économie dans toutes les universités. Autrement, les enseignants risquent de centrer leurs efforts essentiellement sur la performance de leur compte en banque et les intérêts pécuniaires de la direction de l'établissement, plutôt que sur l'efficacité d'une saine éducation essentielle au mieux vivre en société.

La supposée autarcie entrepreneuriale des enseignants universitaires est un mythe qui alimente le cynisme des étudiants éclairés et l'idéologie populiste.

Le conditionnement par l'entremise des médias de masse est une véritable catastrophe nationale, parce qu'il détruit tout projet de société viable. Il mine la mission universitaire tout en démotivant les professeurs et les apprenants.

Un enseignant, quel qu'il soit, doit toujours s'efforcer d'allier la théorie à la pratique. Sinon, l'éducation se réduit à de vaines spéculations. Une institution universitaire n'ayant pas les moyens de jeter un regard critique sur l'ensemble de la société compromet sa mission. L'engagement social est une condition nécessaire pour faire progresser l'ensemble de la société. Loin d'être une école commerciale, l'université ne doit pas servir uniquement les ambitions d'une élite ploutocratique.

Au primaire et au secondaire, le combat est le même. Les enseignants luttent contre le décrochage scolaire en se demandant à qui profitent l'ignorance et la misère de la masse. Réponse : à ceux qui contrôlent l'éducation, l'information et la culture, dans un dessein purement égoïste et liberticide.

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