Un regard réducteur

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« Pourquoi ne pas favoriser l'expansion du réseau de maisons de soins palliatifs, qui, un peu comme ces maisons de naissance qui accompagnent le début de la vie, ne nécessitent pas un environnement hypermédicalisé ? », se questionne notre chroniqueuse.

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Madame Lysiane Gagnon,

Votre point de vue est consternant pour nous. Nous sommes une équipe de médecins de famille dont la pratique majoritaire est en soins palliatifs.

Nous assurons le suivi des patients qui sont admis dans deux unités de soins palliatifs du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Nord-de-l'Île-de-Montréal, soit celle de l'hôpital du Sacré-Coeur et de l'hôpital Notre-Dame-de-la-Merci (à l'intérieur d'un CHSLD). Nous assurons également le service de consultations en clinique externe et de suivi conjoint des patients admis dans les différentes spécialités aux étages de l'Hôpital du Sacré-Coeur.

Votre regard réducteur qui résume le travail des médecins à la seule administration de sédatifs nous désole. De l'affirmer traduit une grande méconnaissance de ce que sont les soins palliatifs.

Au sein de l'équipe interdisciplinaire en soins palliatifs, le médecin a le mandat d'évaluer les souffrances du patient, de s'assurer de choisir les meilleures options de traitements, non seulement de la douleur, mais aussi des nombreux autres symptômes de la maladie qui minent sa qualité de vie. Notre expertise relève de l'art de s'adapter à des situations changeantes et nous devons nous ajuster dans le respect du patient et de ses proches qui souffrent.

Notre présence dans les hôpitaux de soins aigus nous permet d'aider le patient et sa famille à cheminer dans un parcours souvent difficile. La littérature à ce sujet démontre que notre implication à une étape précoce est bénéfique, tant au niveau de la qualité, mais également de la durée de vie. Les soins palliatifs, c'est cela et tellement plus...

Présence essentielle

Pour ce qui est des lieux où les soins palliatifs doivent être prodigués, il est vrai que beaucoup de chemin reste à parcourir et que des améliorations sont nécessaires. Mais de penser qu'ils n'ont aucune place dans un centre de soins de courte durée est d'oublier un grand nombre de patients.

Il y a ceux qui sont en toute fin de vie, qui pourraient mourir dans l'ambulance qui les amène à la maison de soins palliatifs ou pour qui le trajet serait infernal. Il y a ceux qui nécessitent certaines expertises ou techniques plus poussées dans certains cas de douleurs intenses et difficiles à gérer. Il y a ceux qui ne sont pas prêts et qui n'ont pas encore suffisamment cheminé pour envisager un milieu réservé aux soins palliatifs et ceux pour qui accepter d'aller dans ces unités signifie perdre espoir.

Notre présence auprès de ces patients en hôpital de soins aigus est essentielle. C'est là aussi qu'est la souffrance.

Rassurés par notre travail, qui est alors démystifié, ils vivront moins le sentiment d'abandon dont ils souffrent presque tous. Ils accepteront plus facilement un transfert dans ces lieux consacrés aux soins palliatifs.

Améliorer l'équilibre entre les différents milieux est nécessaire et des projets sont dans nos cartons depuis longtemps. Avec la pénurie médicale que nous vivons depuis plusieurs années et le manque de ressources, nous tentons d'offrir les meilleurs soins possible.

Enfin, notre présence en hôpital de soins aigus, dans la foulée de la Loi sur les soins de fin de vie, est une nécessité.

- Anne Bhéreur, Fadila Boubekeur, Marie-Josée Caron, Danielle Grandmont, Olivia Nguyen, Marjorie Tremblay et Natalia Vo

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