Le bénévolat menacé

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Jean-Mathieu Chénier a reçu le Prix Claude-Masson des mains du ministre du Travail, Sam Hamad, et de Bruno Masson, fils de M. Masson, ancien éditeur adjoint de La Presse, décédé en 1999.

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Jean-Mathieu Chénier

Lauréat du prix Hommage bénévolat-Québec 2015, catégorie Jeune bénévole, Prix Claude-Masson

Mardi dernier, en compagnie de 14 jeunes lauréats, j'ai eu l'honneur de recevoir le prix Hommage bénévolat dans la catégorie Jeune bénévole - Prix Claude-Masson lors d'une cérémonie à l'Assemblée nationale.

Je dois avouer que j'en suis vraiment fier et je trouve important que le Québec et son gouvernement reconnaissent l'apport des bénévoles à la société québécoise. Ce n'est pas tous les jours qu'on souligne la qualité exceptionnelle d'un engagement et qu'on se fait dire que son altruisme fait une différence.

Je ne me suis jamais impliqué pour recevoir des prix, mais bien pour faire cette «différence». Aussi loin que je puisse me souvenir, j'ai toujours ressenti le désir, voire le besoin, de m'impliquer en aidant les autres et en dynamisant mon milieu. Si vous saviez à quel point j'ai du plaisir à le faire! En plus de donner un sens à ma vie, c'est ce qui m'allume, me passionne.

Malheureusement, il y a une ombre au tableau. L'incertitude et le manque de financement causés par les réformes entreprises par le gouvernement libéral rendent de nombreux organismes de plus en plus vulnérables. En tant que bénévole, tout comme plusieurs autres à travers la province, je me retrouve à devoir défendre le mandat des organismes auprès desquels je me suis impliqué. La raison d'être des organismes qui m'ont permis de prendre ma place en tant que citoyen engagé est remise en question et même les bénévoles honorés par différentes instances sont plus que jamais appelés à devoir justifier la pertinence de leurs actions.

Vous comprendrez alors que j'ai de la difficulté à me réjouir et apprécier pleinement les louanges qui me sont allouées. En acceptant ce prix Hommage bénévolat, je ressens effectivement un certain malaise. Le gouvernement actuel me félicite de la main gauche, mais de la main droite, coupe, fragilise et change profondément les aspects de la société qui sont à la base même de mon engagement, engagement qui définit le bénévole auquel on a pourtant rendu hommage la semaine dernière à Québec.

Le plaisir dans mon implication citoyenne s'estompe et disparaît peu à peu. La possibilité de continuer à m'engager comme je le fais depuis plusieurs années est aujourd'hui mise en péril.

Malgré cela, je veux continuer à m'impliquer. Je veux continuer à croire que je peux faire une différence grâce à mon engagement. Je demeure par le fait même confiant que la société québécoise va vouloir conserver un Québec où il fait bon s'impliquer. Un Québec qui, en plus de reconnaître l'engagement de ses bénévoles, aspire à trouver des moyens innovants et audacieux pour que l'implication bénévole soit la plus agréable possible et conserve son rôle, comme on nous l'a répété maintes fois lors de la cérémonie à l'Assemblée nationale, de «véritable ciment de la société».

Comme je l'ai dit plus tôt, je ne m'implique pas pour recevoir des honneurs, mais bien pour faire une différence. La semaine passée, on m'a honoré, mais on risque aussi dans un avenir rapproché de m'enlever la possibilité même de continuer à faire cette différence.

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