Où est le problème?

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Loyola, une institution privée de Montréal, a demandé d'être exempté du programme pour pouvoir enseigner le catholicisme de manière non pas objective, mais conforme aux orientations et croyances de l'établissement et de ses enseignants. Cette demande lui a été refusée par le gouvernement.

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Solange Lefebvre

Titulaire, Chaire religion, culture et société, Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal

Devant une immigration diversifiée de plus en plus présente, il est normal que notre société s'interroge sur les valeurs et la vie communes. L'ambitieux programme d'éthique et de culture religieuse (ECR), instauré dans toutes les écoles du Québec en 2008, se veut un moyen de répondre aux impératifs du vivre ensemble.

Le collège catholique Loyola a revendiqué son droit de donner une partie de ce cours dans une perspective catholique, tout en poursuivant les mêmes objectifs, droit que vient de lui reconnaître la Cour suprême du Canada, contre l'avis de la ministre de l'Éducation.

Le groupe de juges majoritaires estime qu'il est normal que ce collège confessionnel, dont l'identité catholique est claire et affirmée, puisse enseigner la religion catholique selon une perspective confessionnelle. Néanmoins, le cours doit présenter les autres religions et courants éthiques de manière impartiale.

Le ministère considérait que l'enseignement dans une perspective catholique, plutôt que neutre et impartiale, «ne pouvait réaliser les objectifs étatiques de promotion du respect de l'autre et d'ouverture à la diversité». Le débat concerne en grande partie cet enjeu: une école offrant une perspective confessionnelle - mais dans ce cas très limitée - peut-elle préparer des citoyens à vivre dans des sociétés pluralistes de manière ouverte et respectueuse? Les faits historiques démontrent que oui.

Des milliers d'écoles catholiques dans le monde sont fréquentées par des clientèles pluralistes. Des parents de diverses religions les recherchent, les prisent même, pour la qualité de leur éducation. Pour la qualité de leur éducation, mais aussi pour leur respect fondamental de la religion. Les parents des quelques élèves non catholiques fréquentant Loyola aiment bien ce climat respectueux de la religion.

Dans le débat actuel sur la citoyenneté commune au Québec, le principe suivant paraîtrait aller de soi: une vie commune harmonieuse ne serait satisfaite que par une transmission forte de valeurs communes à tous, en distinguant clairement l'éducation scolaire de l'éducation religieuse, cette dernière devant être confiée aux seuls groupes religieux, en dehors du milieu scolaire ou du curriculum obligatoire. Par conséquent, plusieurs estiment que les écoles offrant des projets confessionnels forts sont incapables de former des citoyens ouverts. C'est oublier que l'on peut poursuivre l'objectif du vivre ensemble de plusieurs manières (s'il est vrai que l'on valorise la diversité!), l'une d'entre elles étant d'ancrer ses enfants dans une éducation confessionnelle cohérente, qui contribue à forger une identité claire et des convictions fortes.

Toutes les études sur l'identité s'accordent pour dire que l'ouverture à autrui se fonde sur un rapport d'abord clarifié à soi-même. Si la valeur du pluralisme et l'importance de vivre dans une société diversifiée de manière respectueuse sont reconnues dans ces écoles, où est le problème? Loyola ne dresse pas des autres religions ou convictions un tableau négatif. Il tient simplement à affirmer une perspective catholique, selon ses orientations éducatives jésuites reconnues partout dans le monde. Si on avait affaire à des écoles sectaires, l'enjeu serait différent. La Cour suprême souligne d'ailleurs le caractère contextuel de son jugement, qui ne peut s'appliquer à tous les cas.

Le Québécois moyen, lorsqu'on lui parle de sa religion, a tôt fait d'affirmer qu'il «croit, mais...», ou qu'il est plutôt agnostique. Ce consensus large et cette religion culturelle vont tout à fait dans le sens du programme ECR. Des parents plus engagés sur le plan religieux miseront sur leurs groupes religieux respectifs pour la transmission. D'autres souhaiteront que le meilleur des héritages religieux, soit pour eux la culture, soit transmis aux générations montantes. Bref, ce programme peut rallier plusieurs types de groupes. Mais pourquoi refuser à certaines écoles le droit de se fonder sur des convictions plus fortes, appréciées de parents attachés aux convictions religieuses affirmées, et offrant un chemin différent de citoyenneté?

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