Qui est confus?

Des milliers d'étudiants ont protesté au centre-ville de... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse)

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Des milliers d'étudiants ont protesté au centre-ville de Montréal, samedi, contre les mesures d'austérité du gouvernement.

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

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Gabriel Myre

Avocat, Delson. L'auteur réagit aux propos du ministre de l'Éducation, François Blais.

En tout respect, M. le ministre, s'il y a confusion au Québec sur la question du droit de grève chez les étudiants, la classe politique québécoise peut difficilement s'en plaindre: c'est le prix à payer pour chaque tentative (ratée, qui plus est) de redéfinir l'équilibre des forces politiques par l'intermédiaire d'une étiquette juridique simpliste.

Certes, le droit de grève est spécialement prévu dans une loi qui encadre les travailleurs et qui en donne une définition juridique. Certes, ce droit ne figure dans aucune loi encadrant les étudiants ou leurs extensions chimériques, les associations.

Cependant, M. le ministre, en droit comme dans la vie, les précédents doivent être pris en considération: pendant des décennies, les associations étudiantes ont sollicité de leurs assemblées des mandats de grève, pas des mandats de boycottage.

Et, du haut de cette souveraineté soi-disant démocratique, les associations ont imposé, pendant plusieurs décennies, des grèves à des institutions d'enseignement qui n'avaient pas moins un contrat de services avec les autres étudiants. Le tout, évidemment, sans que personne à Québec ne dise «Ne mélangeons pas les choses, ce n'est qu'un boycottage!».

Réduire chacun des mouvements précédents à des boycottages, c'est essayer de passer un méchant gros sapin à la population.

Vos lignes de communication visent à convaincre la population que les étudiants n'ont pas la légitimité pour agir ainsi, soit. Mais regardons les choses en face: pragmatiquement parlant, vous tentez de leur enlever un droit qui a été utilisé et reconnu (par la classe politique) par le passé.

Alors, avec tous les égards qui vous sont dûs, M. le ministre, lorsque vous déclarez «ne pas croire à ce droit»... (Slow clap).

Juridiquement parlant, voulez-vous m'expliquer à quel moment la croyance (ou l'absence de) d'un ministre intervient dans l'exercice des droits des citoyens? D'autre part, la croyance d'un ministre à l'existence d'un droit de grève ne change pas la réalité: des étudiants sont en grève et, dans un futur prévisible où l'État n'intervient pas sur cette question, ils continueront d'exercer ce droit pour les causes qu'ils choisiront (et si vous pensez avoir tout vu avec l'austérité et les grandes pétrolières, comptez sur les associations étudiantes radicales pour se trouver de nouvelles lubies à poursuivre envers et contre tous).

M. le ministre, ce n'est pas parce qu'une grève n'est pas «légale» qu'elle devient un simple boycottage. Les boycottages ne sont pas caractérisés par des lignes de piquetage, des levées de cours, etc.

Appelez un chat un chat: c'est une grève dont il s'agit, quoiqu'en disent vos petites lignes de communication. L'intention et les résultats sont là, vous l'avez vu en 2012. La véritable question, c'est de savoir si elles sont légales.

La bonne nouvelle, M. le ministre, c'est que vous auriez le pouvoir de dire lesquelles le sont. Pensez-y.

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