Le Québec à deux vitesses

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Hugo Brossard

Dans l'autoroute de la vie, certains ont accès à des voies de contournement

Ces temps-ci, on parle beaucoup du modèle québécois. Je crois plutôt qu'on devrait parler «des» modèles. Notre Québec fonctionne à deux vitesses, selon notre classe sociale. Si ça va bien financièrement, ça va bien dans les autres sphères de la vie. Puisqu'on ne dépend pas du système public, on s'interroge sur sa pertinence. On le trouve lourd, trop généreux, trop cher. On se permet de juger un système que l'on ne voit que de loin. Car, dans l'autoroute de la vie, certains ont accès à des voies de contournement.

Si je quitte volontairement mon travail, je n'ai pas droit à l'assurance-emploi. Que ce soit le départ du Dr Barrette de la Fédération des médecins, des cadres supérieurs de l'UQAM, le jeu des recteurs musicaux de Concordia, la prime à l'incompétence au Dr Bolduc... mettons que ce n'est pas le cas quand on gravit l'échelle salariale! Et encore, on parle de diminuer la sécurité d'emploi pour la rendre plus flexible... au bas de l'échelle. En cette période d'austérité, pourquoi ne pas faire preuve de rigueur et interdire ces parachutes dorés?

Tous sont égaux devant la justice. En théorie. Le coût d'un procès civil contre une entreprise peut facilement monter dans les six chiffres. Il y a bien sûr la loi antipoursuite bâillon, mais encore faut-il avoir les reins assez solides pour tenir jusqu'à un jugement. La plus fortunée des parties n'a qu'à multiplier les procédures pour épuiser l'autre. Comme le disent nos amis anglais, «the winner is not who is right, it is who is left».

S'il est vrai que vous finirez par être soigné gratuitement, encore faut-il avoir les moyens de perdre une demi-journée pour aller voir le médecin. Et il n'y a convalescence que si vous en avez les moyens. Voyez-vous, tous n'ont pas droit aux congés de maladie. Au bas de l'échelle, il semble que ce ne soit pas nécessaire. La société finit par payer cher ce manque de compassion élémentaire. Une maladie non traitée finit par empirer, de même que celle dont on ne se remet pas suffisamment par manque d'argent. Et quand ça empire, ça coûte beaucoup, beaucoup plus cher. Je parle ici du coût pour le système de santé. Le coût humain, lui, est ignoré.

L'impôt est devenu un buffet à la carte qu'on peut réduire en payant des fiscalistes. Créer une identité supplémentaire pour recevoir plus de BS est une fraude et sera châtié sévèrement. Faire la même chose pour réduire ses impôts est une pratique acceptée. Le gouvernement fait grand cas du travail au noir et de l'évitement des restaurateurs et taxis. Vous rappelez-vous avoir vu une campagne publicitaire dénonçant la planification fiscale abusive? Malgré la disparité des sommes perdues, on installe des terminaux vérificateurs dans les restaurants, mais pas dans nos institutions financières.

À Montréal, les loyers à bon prix sont réservés aux personnes sans enfants ayant les meilleurs dossiers de crédit. La part du loyer dans le budget des pauvres augmente sans cesse, mais on nous dit qu'il faudrait qu'elle augmente plus vite pour aider les propriétaires.

Les conséquences économiques et sociales d'un père de famille envoyé en prison pour un petit larcin sont dramatiques pour sa famille. Pourtant, il faut se montrer dur envers les criminels. Par contre, nous déchirons notre chemise lorsqu'une entreprise nous ayant fraudés est accusée de fraude. Ni les dirigeants ni l'entreprise ne doivent être inquiétés. Encore, selon nos amis anglophones, «too big to fail, too big to jail».

Avant, nous nous croisions tous sur le perron de l'église, au marché ou sur la place publique. Plus maintenant. Connaissez-vous seulement les noms de ceux qui habitent à trois maisons de chez vous? On ne se côtoie plus, on ne voit plus la réalité des autres. La pauvreté devient un concept théorique.

Je crois que le vrai déficit zéro devrait être celui des inégalités. Pas celui du budget.

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