Le projet de loi 20 et la réalité

Les volumes de patients désormais imposés aux médecins... (Archives La Presse)

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Les volumes de patients désormais imposés aux médecins dans la législation suffiraient à rendre la profession moins attrayante aux yeux des jeunes recrues, ont fait valoir les doyens en réclamant des changements.

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Danny Castonguay

Médecin de famille, Montréal

Il n'est jamais apparu aussi clairement que lors de la première semaine de consultations publiques sur le projet de loi 20 que le ministre Barrette fait peu de cas de la réalité. Tous les quotas de patients que devront prendre en charge les médecins de famille, les équivalences et les pondérations n'existent encore - faut-il le rappeler? - qu'entre le ministre et quelques fonctionnaires.

Pour que leur application améliore l'accès aux soins de première ligne sans complètement la désorganiser, il faudrait que la réalité soit conforme aux préjugés du ministre, exprimés chaque jour dans l'enceinte du parlement. Elle ne l'est pas.

Devant les doyens des facultés de médecine du Québec, qui expliquaient que les quotas et les impératifs de productivité risquaient de détourner les étudiants de la médecine familiale au moment de choisir leur spécialité, le ministre Barrette a eu cette réponse: «Ça va devoir changer, c'est une finalité, la médecine de famille ne peut plus être considérée comme étant un véhicule dans lequel il n'y a pas... où il y a un maximum de qualité de vie, puis il n'y a pas un minimum de responsabilité sociale».

Je travaille tous les jours avec des résidents en médecine familiale. Ils ont choisi cette médecine parce qu'elle est faite de contacts humains et qu'elle permet une pratique polyvalente en cabinet ou à l'hôpital, cette même pratique polyvalente que le ministère de la Santé encourageait jusqu'à l'arrivée de monsieur Barrette. Les étudiants deviendraient donc médecins de famille par goût des vacances et du farniente? Quelles données justifient une telle assertion?

C'est de plus en plus connu, le projet de loi 20 punira les médecins sur la base de choix faits par leurs patients. Un médecin dont les patients consultent souvent d'autres médecins en sans rendez-vous ou aux urgences pourra subir d'importantes pénalités salariales. J'ai la chance de travailler dans une clinique où l'accès pour les patients est très facile. Malgré tout, plusieurs consultent à l'urgence, car ils croient avoir un grave problème de santé. Plusieurs vivent en banlieue et préfère consulter en sans rendez-vous près de chez eux. D'autres visitent souvent leur famille aux quatre coins du Québec. Consulter un autre médecin est leur choix et leur droit.

Le ministre Barrette a une autre vision des choses: «Moi, je postule que l'assiduité ne sera jamais un problème, parce qu'à partir du moment où on sait qu'il y a de la place chez son médecin, on va voir notre docteur parce qu'il y a la relation de confiance», a-t-il déclaré lors des consultations parlementaires le 24 février.

Plus d'une fois devant les médias, et même lors des consultations de la semaine dernière, le ministre a ironisé sur son personnage. Il n'a jamais caché que l'artifice faisait partie de son arsenal politique et c'est, en grande partie, ce qui lui a valu sa réputation et son mandat de ministre. Alors que le chef syndical qu'il était devait dresser de la réalité le portrait qui justifierait le mieux ses demandes, le ministre qu'il est doit, à mon avis, adopter un autre rapport avec la réalité.

Un projet de loi aussi vaste et incisif ne s'élabore pas sur la base du ressenti, des impressions, des préjugés. Ce n'est pas une joute oratoire où il importe de rallier le public à sa cause ni un coup de bâton à donner. Les impacts multiples, prévisibles, d'une telle loi doivent être mesurés. Et l'on doit en tenir compte, même si la réalité est contraignante. L'avenir de notre système de santé est en jeu.

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