Le système de santé et les politiciens

«Le système de santé est envahi par une... (Photo Patrick Sanfaçon, archives La Presse)

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«Le système de santé est envahi par une peur maladive de la réaction politique», écrit l'auteur.

Photo Patrick Sanfaçon, archives La Presse

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Denis Soulières

Hématologue et oncologue médical, CHUM

Chaque jour que siège l'Assemblée nationale, un député se lève pour invectiver le ministre de la Santé d'un problème vécu par un patient ou un hôpital. Et dans l'arène politique, ces discours prennent invariablement une saveur partisane, menant les journalistes à profiter de ces excès verbaux pour alimenter les nouvelles instantanées.

Le ministre Barrette, contrairement à certains de ses prédécesseurs, affronte la critique et assume la responsabilité de certaines actions de son réseau, sans toujours référer aux «erreurs» de ses fonctionnaires. Il oblige cependant les acteurs du réseau à subir ses humeurs...

Alors que le gouvernement réforme le système de santé dans ses grandes lignes, les petites lignes qui sont écrites quotidiennement, qui sont à la limite de l'éthique, ont un effet dévastateur sur les soins offerts et sur la performance globale du réseau. Les réels effets de multiples décisions gouvernementales passent inaperçus sans que la communauté médicale ne puisse représenter les patients ou que les médias ou politiciens ne s'intéressent aux réels enjeux de la santé.

Pendant qu'on discourt des projets de loi 10 et 20, les officines gouvernementales continuent de saper les espoirs des professionnels de la santé qui s'investissent pour améliorer les soins malgré la morosité générée par les coupes et l'austérité. À titre d'exemple, des tests pour diagnostiquer de nouvelles maladies sont refusés et des traitements pour le cancer sont écartés sur des bases budgétaires, alors que les autres provinces canadiennes reconnaissent et financent ceux-ci.

Les médecins sont très sollicités par les patients et leurs familles pour que les meilleurs soins soient offerts. Il n'est plus éthique de mentir ou de donner des faux espoirs: le gouvernement a pris le parti de ne plus offrir à la population les meilleurs soins tels que définis dans la littérature scientifique et les guides. Pour ma part, je ne me gêne plus pour dire aux patients que le traitement qu'ils devraient recevoir est refusé par les autorités.

La tête dans le sable

Il n'y a aucun discours public, aucune audience, aucun lieu pour faire état de ces griefs. La restriction des soins est une prérogative du gouvernement, mais il est de son devoir d'être franc et d'accepter la responsabilité directe de décisions qui ne peuvent continuer à être prises derrière des portes closes.

Les émois de l'Assemblée nationale ont des effets bien éphémères et ne changent rien pour la majorité de la population. Les attaques souvent sans substance de l'opposition ne font que discréditer davantage aux yeux des acteurs du réseau de la santé un corps représentatif qui est trop obnubilé par le désir d'impressionner les journalistes pour s'intéresser aux patients et au moral des troupes.

Un député m'a déjà dit ne jamais vouloir voir ce qui se passe dans un hôpital parce qu'il sait que rien ne va et que ce qui s'y passe est déprimant...

En conséquence, le système de santé est envahi par une peur maladive de la réaction politique et une stase qui ont des conséquences irrémédiables.

Il faut que le ministre Barrette converse avec des gens qui ont des opinions divergeant des siennes, que les députés conviennent d'un discours politique productif visant l'accès à des soins à la fine pointe, et que les journalistes obligent les politiciens à sortir de la plate et improductive rhétorique et enquêtent sur les effets des décisions politiques.

Il existe encore des forces vives dans le réseau de la santé. Il est temps que les politiciens reconnaissent que c'est avec elles que se bâtira le futur, en associant éthique médicale et éthique politique. Pas avec des messages pour gagner des amis et des «J'aime» sur les réseaux sociaux.

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