Notre langue musicale, en voie de disparition

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L'auteur déplore que pour plusieurs des activités musicales offertes pour les enfants dans sa municipalité, les compositions francophones soient totalement absentes

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Pierre Sevigny

Auteur humoristique, Saint-Basile-le-Grand

On se demande souvent où s'en va la chanson francophone au Québec. Je n'ai pas la réponse, mais un indice assez révélateur me dit qu'elle est de moins en moins présente dans la culture musicale des jeunes.

J'ai ici un exemple frappant à donner. Depuis deux ans, nous envoyons notre fille Justine (9 ans) prendre des cours de gym. À la fin des cours, le Club Gym-Sol de Saint-Basile-le-Grand nous présente un gros spectacle avec les jeunes gymnastes amateurs à l'aréna de la ville.

Dans ce spectacle donné par une soixantaine de fillettes qui ont été entrainées par une douzaine de jeunes filles de 17,18 et 19 ans, on nous présente 15 tableaux sous le thème «C'est la vie», dans lesquels on évoque la naissance jusqu'à la mort. Aucune, mais aucune chanson en français n'est assez évocatrice pour illustrer l'un des 15 tableaux: «les premiers pas», «la première poupée», «la remise des diplômes», «la retraite»... Toutes les chorégraphies se font uniquement sur des chansons anglophones.

Je ne blâme ici pas les fillettes et les monitrices; elles dansent sur les chansons choisies par les conceptrices du spectacle, soit les deux chorégraphes en chef, femmes adultes, Québécoises francophones, qui gèrent le Club.

Je crois que le fait de ne choisir aucune chanson francophone relève indubitablement de leur façon de voir et de penser que pour danser et faire des chorégraphies de gym, la chanson francophone n'a pas assez de rythme et d'à-propos pour évoquer un seul tableau représentatif sur une étape de la vie d'une personne au Québec.

Le plus terrible, c'est que je suis persuadé que cela ne vient même pas à l'esprit de ces deux chorégraphes en chef. «C'est la vie», dansée par une soixantaine de fillettes québécoises, entrainées par une douzaine de jeunes filles québécoises, monté par les deux chorégraphes en chef francophones québécoises et présenté devant quelques centaines de parents et amis francophones, eh bien, cette vie ne se passe aucunement en français, même à Saint-Basile-le-Grand!

Vous croyez que j'exagère? Au-delà de tout ça, l'été passé, ma fille allait dans un camp de vacances. Chaque vendredi, il y avait un petit spectacle d'une vingtaine de minutes que les jeunes avaient concocté dans la semaine avec leurs moniteurs et monitrices. Encore là, quoique tout ce camp d'été se passe en français, aucune chanson francophone n'a pu illustrer l'un des cinq ou six tableaux sur chaque thème que l'on nous présentait. C'est comme si les jeunes moniteurs et monitrices n'avaient jamais en tête une chanson qui illustrerait quelque chose, qui aurait assez de rythme et de paroles pour bien exprimer un sujet.

Même ce vendredi où le thème était «Les années 60», les seuls tableaux présentés aux parents et amis l'ont été sur des succès américains et britanniques. Je me disais qu'ils nous présenteraient sûrement un extrait des Classels, de Pierre Lalonde ou de Jean-Pierre Ferland... Rien de rien, comme si la vie musicale des Québécois ne s'était passée qu'en anglais dans les années 60!

C'est pourquoi je pense que la chanson francophone au Québec se meurt. Elle n'évoque malheureusement plus grand-chose pour bien des jeunes. Comme si la courroie de transmission s'était cassée...

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